Communication Non Violente

Ne pleure pas Jeannette (avec paroles)

♫Traaaalalalalalalalalaaalalaaa♫
♫ Ne pleuuuu-re pas Jeanee-ette♫
♫ Nous te mari-erons nous te mari-erons♫
♫ Aveeee… Ta gueule

Méthode CNV
Version Isabelle Padovani

Conscience dit :
Qu’as-tu donc à pleurer petit bonhomme ?

Ego dit :
J’ai mal au ventre et j’ai des nausées, j’arrive pas à dormir et je suis fatigué. Ça va pas. Je suis malade. J’ai vomi. Maintenant ça va un peu mieux, mais les nausées reprennent. J’ai peur de développer un truc chiant.

Conscience dit :
Ça doit être difficile à vivre. Je compatis. Et qu’as tu tenté pour améliorer ton état physique ? Tu as fait des examens ?

Ego dit :
Pas grand chose, mon état mental m’empêche d’agir. Et la totalité de mon système veineux apparent est foutu à cause d’injections répétées de Subutex qui était le seul truc qui je pouvais m’envoyer à une époque où j’avais vraiment envie de me défoncer. Donc lorsque j’arrive à l’hôpital les travailleurs ne font pas leur travail, il y a des alternatives mais eux sont perdus, errant dans un vague qu’il soit juridique ou médical. Peut-être ont-ils peur…

Conscience dit :
As-tu vu un médecin pour un de ces symptômes ? Un généraliste, un spécialiste ? Hors des hospitalisations forcées ça va sans dire.

Ego dit :
La dernière fois ça fait très longtemps. Mon médecin traitant, généraliste, est incompétent. On m’avait prévenu au départ, mais devant son comportement avenant, et considérant surtout la difficulté de me procurer le traitement de substitution aux opiacés que je devais continuer à prendre pour vivre normalement, sachant qu’on est dans une petite ville et qu’elle seule daignait prescrire du sub. aux junkies, j’avais décidé de lui laisser une chance. Mais dans la réalité, je n’ai pas vraiment eu le choix.

Conscience dit :
Y a-t-il un CAARUD ou un CSAPA près de chez toi ? Si oui tu pourrais y voir des intervenants qui connaissent mieux le sujet de l’addiction aux opiacés, et par extension l’addiction au geste de l’injection.

Ego dit :
A 25 kilomètres et je n’ai plus de voiture, et puis les intervenants ici traitent surtout l’alcoolisme, c’est la campagne. Devant un toxicomane qui sort du cadre habituel héroïne, cocaïne, crack à la rigueur, cannabis évidemment puisqu’ils ont décidé que c’était pas bien, ils sont paumés comme mon toubib. Ils apprennent.
Mais comment tu sais que j’injecte ?

Conscience dit :
Je suis toi je te rappelle…

Ego dit :
C’est vrai. De toutes façons je ne les sens pas. Au contraire, je sentais les gens de mon précédent centre de soins. Eux étaient vraiment bien et je pouvais tout leur dire sans risquer de me retrouver avec les flics chez moi.
Quoi qu’il y ait une infirmière avec qui ça passe vraiment bien, assez douce, apaisante.

Conscience dit :
On avance. Quand tu ne sauras plus qui est qui on sera proche du but. Rien de sexuel ?

Ego dit :
C’est gênant.

Conscience dit :
Passons. Mais sache que c’est courant de faire des transferts sur des thérapeutes. C’est pas la fin du monde, mais si ça va trop loin ou qu’une limite a été dépassée, alors suffit de changer de thérapeute, voilà tout. Je vulgarise.

Ego dit :
Déjà c’est pas une thérapeute, c’est une infirmière. Elle est plus âgée que moi, et je lui ai parlé seulement deux ou trois fois. Donc pour le transfert tu repasseras, ou alors ça serait un transfert express. Ensuite je ne pense pas à cette personne comme ça, je ne suis pas incapable de contenir mes pulsions, mes envies, je contrôle mon esprit et je suis seul à décider dans quelle direction il va !

Conscience dit :
Ah non, y a moi aussi qui le contrôle… Mais du calme voyons. Je fais exprès de te faire sortir de tes gonds tu ne vois pas ? Pourquoi cette colère ?

Ego dit :
J’ai pas envie d’en parler, quand j’offre un truc c’est avec le cœur…

Conscience dit :
Holà ! L’appelle pas celui-là sinon ça va vite être le bordel et j’aurais plus assez de couleurs pour m’y retrouver !

Ego dit :
Je peux parler ?

Conscience dit :
Avec le cœur, mais je t’en prie continues.

Ego dit :
Si tu insistes. Quand j’offre mon cœur c’est avec, euh… Tu vois tu m’as encore une fois perturbé, tu fais ça à chaque fois. Moi je veux que tout aille mieux et toi tu arrives et tu brises mes fondations à peine en place.

Conscience dit :
Mais je ne fais que te taquiner, c’est aussi un peu mon rôle de te mettre devant l’absurdité de tes délires.

Ego dit :
J’ai juste eu mal. Voilà tout. Et comme j’avais déjà mal, et que la nouvelle douleur n’était pas du tout le même type, elle s’est ajouté à la première. La première c’est le résultat de l’addition d’une infinité d’autres douleurs, là comme des ballons dirigeables attachés au sol hauts dans le ciel aux endroits stratégiques des événements difficiles ponctuant mon existence, comme pour me les rappeler.

Conscience dit :
Et ça te met en colère ?

Ego dit :
Ça ? Non. Ça m’attriste juste ça. Et faut que j’avoue que ma partie fierté en a pris un coup. Je trouve ça pathétique. Pas toi ?

Conscience dit :
La fierté, tu peux la dompter. Disons, aux vues de ce que tu es, ne cherches pas à le faire directement car tu n’y arriveras pas, mais tu peux glisser dessus, tout comme sur ta montagne de colère, c’était une petite colline il n’y a pas si longtemps, tu te rappelles pas ? Ces émotions, glisse dessus au lieu de te laisser transpercer par elles, de plein fouet, dans un fatras pas possible, un pataquès tonitruant et hélas guignolesque. Tu sais bien de quoi je parle, quel événement j’ai en tête…

Ego dit :
Oui, le lézard et ses verres.

Conscience dit :
Voilà. Mais ce n’était qu’un exemple. Comment crois-tu qu’une personne qui n’est pas dans un délire similaire au tien, ou qui n’a jamais vécu ce que toi tu as vécu, ni personnellement ni par procuration, quelqu’un qui a vécu d’autres choses possiblement aussi dures mais juste différentes ; donc comment crois-tu qu’une telle personne réagirait devant ton spectacle ?

Ego dit :
Je m’en branle.

Conscience dit :
Tu te braques. Tu t’en fous pas du tout mais tu fuies via ce moyen, et tu y crois. C’est un des problèmes. S’attaquer aux effets c’est bien beau, cependant les causes continuent à sévir. C’est comme si on bouchait des trous avec nos doigts à mesure de leurs apparitions alors que la chose à faire serait de couper l’eau et remplacer la pièce.

Ego dit :
Vas-y cause tout seul…

Conscience dit :
Je sens que t’as un truc à dire…

Ego dit :
Ouais, un truc comme : tu me gonfles.

Conscience dit :
Normal. Je suis ta conscience, je suis là pour relativiser, pour te ramener à la réalité, pour te mettre devant tes erreurs, te pousser dans tes retranchements et les mettre à jour. Toi tu es celui qui ressens.

Ego dit :
Ben non, c’est le cœur qui ressent, tu vas pas me la faire !

Conscience dit :
Qui ressent, c’est ce qu’on a décidé parce que pour nous, ça a du sens. Si ça donne du sens à notre vie mec, alors c’est une bonne chose, et j’insiste : tu ressens. Tu ressens pas ? Là t’es tout aigri, tu boudes…

Ego dit :
Nan je boude pas.

Conscience dit :
D’accord, tu boudes pas. On parlait de quoi déjà ?

Ego dit :
Je m’en fous.

Conscience dit :
Ah oui, on parlait de ce qui te met en rogne. Mais au fait, si tu réfléchis bien, que tu regardes en toi là, et aussi autour de toi, y a plus de colère…

Ego dit :
C’est vrai.

Conscience dit :
T’as dit un truc tout à l’heure :
Ego a dit :
« je contrôle mon esprit et je suis seul à décider dans quelle direction il va »
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Mais si c’est vraiment le cas, pourquoi tu le fais pas pour la seringue ?

Ego dit :
Mais… Mais ta gueule…

Alors OK, j’arrête là cet exercice très grisant et utile. C’était une transcription augmentée de la conversation intérieure qui a eu lieu dans ma tête la nuit dernière, après avoir gerbé mes tripes. Cette méthode Ego vs. Conscience est utilisée par Isabelle dans ses conférence sous la forme de deux petites marionnettes rouge et bleue. Et non, je ne suis pas fou, juré craché !

Un truc à ajouter, car je veux être honnête. Dans un précédent billet j’ai dit ne pas avoir eu d’aide lorsque j’ai appelé. Je parlais évidemment d’un événement particulier et non globalement. Or, quand l’événement a survenu, c’était en pleine nuit. Mon état m’empêchait de faire autre chose que rester assis et tenir un crayon, écrire (j’ai tout jeté). Mais au matin j’ai tenté de comprendre et j’ai été entendu par une personne intervenante en milieu hostile toxicomane, au téléphone. J’ai eu des conseils, un retour, un vrai, et une écoute alors que j’étais paniqué. C’est tout.

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