Littérature

L’œil du cyclone

Son œil unique dans le vague, le Cyclope se fixe. Entre alors sur scène une âme aux formes humaines, la tête coiffée d’une casquette, la poitrine ornée d’un badge. Dessus, une information nominative : Hermaphrodite, enfant d’Hermès et d’Aphrodite. L’Homme pragmatique dans sa plus pure perfection n’est pas sur son 31. En tenue de travail, il tient un planning en cuir de buffle. Le fils d’Hermès considère le Cyclope en l’observant par au-dessus, invisible. La fille d’Aphrodite durcit alors son regard. Sa beauté n’est pourtant pas altérée par ces yeux devenant noirs, pleins de tristesse noyée de fureur. Elle ne dit rien. Le fils d’Hermès lève le menton, sans cesser de regarder le prisonnier de l’île.

Instantané. C’était un instantané librement inspiré de l’Odyssée d’Homère et des Métamorphoses d’Ovide. Et aussi un peu d’internet et de ses dictionnaires sans fins que sont mes moteurs, il est toujours bon de se faire un petit topo sur un personnage même si on l’a vu au cours d’un récit dans une lecture précédente, avant d’en parler. Mais également de mon expérience. J’ai appris très jeune ce que voulait dire « se fixer » et j’ai prévu très jeune de passer une partie de ma vie à expérimenter. Je le voulais. Je l’ai toujours voulu. C’est aussi pour ça que je l’assume relativement aujourd’hui, de manière aussi décontractée. Alors que ça effraie beaucoup les gens, peur que j’ai eu aussi mais qui est tombée lorsque j’ai grillé les mythes générés par la prohibition. Prohibition… Ça s’appelle comme ça, c’est une belle saloperie :

Campagnes de désinformation + Lois arbitraires + Répression violente + Procès à charge = Prisons bondées de gens qui ne devraient pas y être, souvent en errance et à la santé défaillante

Des consommateurs ou des petits revendeurs de ceci ou de cela remplacent les vrais criminels dans les tôles devenues des supermarchés des drogues, accessoirement. Les seringues sont en vente libre depuis 1987 en France. Pourquoi ? Tentative d’une ministre, réussie la tentative, d’enrayer l’épidémie de Sida (dures dures les années 80)… Mais en 2019, ce n’est toujours pas possible de s’en procurer dans ces endroits où beaucoup d’usagers se fixent quand même du coup, mais à l’ancienne : dans des conditions ultra-risquées.

C’est d’une difficulté d’avoir la chance d’apercevoir le tableau d’un peu plus loin, et de pouvoir zoomer sur des parties, mais l’anonymisation d’un blog n’est pas suffisante pour pouvoir parler en sécurité pour soi et aussi pour d’autres, sans bâillon. Autocensure obligatoire. Ce qui oblige à oublier des chapitres entiers d’une vie qui se détaille petit à petit ici. Et c’est dommage parce que y en auraient qui seraient bien croustillants. Sans jamais avoir ne serait-ce que l’intention de balancer qui que ce soit, ça va sans dire. On peut parler sans jamais utiliser de nom, pour ce type de besoin. Mais la France n’est pas encore assez tolérante et ouverte, toujours trop obscurantiste pour ça, pour qu’un mec comme moi puisse faire ça, parler tranquille, sans risquer de se mettre ou de mettre des gens, dans la merde.

Conscience dit :
Qu’est-ce qu’il y a encore ?

Ego dit :
Je suis contrarié.

…etc…

Livres évoqués dans ce billet :

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