Fiction

Supersouris et la prise USB à houppette bleue

Le dimanche est pour moi synonyme de tranquillité. S’il est calme, alors on pourra se reposer et gratter des heures de sommeil supplémentaire toute la matinée, puis se lever et très lentement, sans se presser, après avoir donné en retard sa gamelle au chien, commencer à s’occuper de soi. Juste de soi.

Se préparer du café et traîner pour le boire, le finir froid devant le début d’un film piraté en streaming, et merci Netflix au passage de nous trouver 1 perle pour 10 bonnes grosses bouses (en même temps je me plains pas, vu que je ne paye rien). 10 environ, ça dépend des périodes. Quand j’y ai eu accès grâce au compte d’un pote y a quelques mois, c’était plutôt de l’ordre d’1 truc bien pour 20 trucs de merde… Et j’insiste lourdement sur le mot merde. Parce que y a deux types de films & séries qu’on n’aime pas :

  • Y a celles et ceux qui sont pourtant bien parce que les scénarios ont de vraies histoires, que le staff au complet a vraiment travaillé, qu’ils y ont mis du cœur, et qu’on n’aime pas à cause de la présence d’un acteur antipathique, ou parce que le thème abordé nous rebute, etc.
  • Et puis y a ces choses vraiment merdiques. Dans quel état se trouve un producteur qui accepte ce type de film, de série ? Qui a choisi ces mauvais acteurs ? Pourquoi ces mauvais cadrages ? Ces mauvais éclairages ? Toutes ces erreurs de films ?

Tout simplement parce qu’ils n’en ont rien à foutre, ça semble évident. Le film sortira, de toute façon. Ils savent qu’il fera pas un carton, mais c’est du business, s’il sort alors qu’il est si naze c’est qu’il devait sortir et point barre. Des gens dont c’est le métier d’égrainer avec des souches vérolées ont des intérêts de gros sous dans le fait que ce film sorte vraiment.

Voilà, aujourd’hui il y a des investisseurs qui tentent des coups, qui prennent des risques, qui aident à produire des choses dont ils ne connaissent que le nom, et encore. Ils injectent des fonds là où on leur dit, c’est comme s’ils misaient au black jack ou à la roulette, au casino. Pour eux, une somme d’1 million de dollars, c’est pas grand chose. A bien y réfléchir, et en acceptant une idée fausse (celle que l’argent est indispensable), toutes ces thunes qui sont mises dans des films de merde, sont gâchées. Enfin je n’irai pas plus loin dans cette direction, pour moi l’argent ne se gâche pas puisqu’il est infini, que des banques dont c’est le taff en fabriquent à volonté.

Aujourd’hui, faire un film est devenu différent, étant donné que nous en sommes à la période post-balbutiements de l’usage massif d’internet. Cet usage a révolutionné toutes nos habitudes. Il a repris les choses où elles en étaient restées avec la télévision, indissociable de son petit canapé-table-basse-mais-où-est-la-télécommande-?-dans-ton-cul-!-non-j’ai-déjà-regardé. Y a toujours des télécommandes mais elle servent moins, car les claviers et les souris sont arrivés à la rescousse ! Ces couples hautains mais modernes, leur ont dit :

C’est bon les filles, on est là maintenant, c’est la relève, vous pouvez retourner partouzer sous les coussins du canap’ !

cit. DU 01-02-1998 de MISMOUSse, SOURIS ZOLÉE A LA RETRAITE, modèle à boule à prise PS2 de marque ibm

Elle avait vite parlé Mismousse, trop vite. Ce qu’elle ne savait pas c’est qu’elle ne ferait pas long feu à côté de ces petites malines de nouveaux modèles de souris, ces coquins de nouveaux claviers sans fil rétro-éclairés… Mais tout ce beau monde avait repéré un problème depuis un moment, un que l’humain dans toute sa stupidité typiquement humaine n’avait même pas vu et qu’il subissait pourtant : des télécommandes, y en avait beaucoup, beaucoup trop…

On avait assisté, totalement impuissants, entre les années 1990 et 2010, à une reproduction exponentielle et massive des télécommandes. Certaines, même, lorsque l’appareil qu’elles commandaient terminait sa vie, finissaient dans un tiroir, au lieu de rejoindre ledit appareil à la décharge ou à la déchetterie communale ! Des fois qu’elles puissent servir ultérieurement, sur autre chose par exemple… L’espoir… C’est beau.

J’imagine qu’elles ont été nombreuses, ces ménagères de moins de 50 ans (parce qu’après commence la désillusion), à s’autoriser à rêver, en espérant que d’un coup de magie très très magique, une des télécommandes du tiroir finisse un beau jour et sans que personne ne sache pourquoi, par acquérir la capacité d’ouvrir la fenêtre du salon ou d’allumer la lumière, et alors le top du top : ouvrir la porte du frigo et apporter une bière fraîche au salon, sans oublier le dessous de verre sinon j’en connais une qui va gueuler…

L’espoir… C’est d’une magnificence l’espoir… Les gens les gardaient donc, stupidement, bêtement. Un objet d’une telle complexité, d’une telle prise en main, d’une telle beauté, ne mérite pas qu’on s’en débarrasse… Qui plus est, même si l’appareil n’est plus là, y en a que quand on appuie sur un des boutons ça fait clignoter en rouge la petite diode du bout ! C’est qu’elle marche encore la bourrique !

Bref, le problème que les nouvelles générations de clavier et de souris avaient repéré direct, c’est qu’il n’était pas rare de voir un foyer classique d’humains moyens – un homme, une femme, deux gosses, un chien – crouler sous des dizaines de ces engins obsolètes.

Tout ça devait s’arrêter !

Les cerveaux humains ne suivaient plus, et déjà madame Michu ne savait plus reconnaître la télécommande du lecteur DVD qu’elle n’utilisait jamais parce que c’est trop cher un DVD, de celle de son téléviseur qu’elle ne regardait plus tellement outre mesure sauf Ça va se savoir et puis aussi Arabesques et Derrick des fois. Et ça, ça devenait réellement problématique.

C’est alors qu’est arrivée Supersouris ! Avec sa cape et son masque pour pas que tu captes qu’en fait c’est ta nouvelle souris, mais déguisée…

Supersouris a une visée laser comme Superman, son optique est d’une précision à toute épreuve.
Supersouris fait partie d’une génération de souris futuriste, ergonomique elle est maintenant pensée pour moins fatiguer le bras de son humain.
Supersouris a rendu les prises PS2 obsolètes sur les ordinateurs fixes, elle se branche en USB sur le hub de l’ordinateur de son humain.
Supersouris n’a pas de fil, elle voit des vortex invisibles à l’œil appelés Wifi, dans lesquels elle s’engouffre volontiers, et aux bouts desquels elle retrouve sa prise USB qui attend sagement ses instructions.

Supersouris est une super souris ! Mais des fois, elle est chiante… un peu trop rapide, ou trop lente au contraire par exemple, mais elle est généralement toujours accompagnée de son pote la console graphique de paramétrage, timide, cachée dans le system tray ou dans tes applications installées, mais comme Supersouris est aussi plug & play alors son humain n’installe souvent pas ce truc. Et Supersouris se retrouve alors esseulée.

Mais ne crois pas pour autant que ce soit la fin de l’histoire… Car c’est souvent à ce moment là, selon les foyers, que Supersouris rencontre Superclavier… Et qu’une magnifique histoire d’amour commence.

Le problème c’est que maintenant on croule sous les prises USB… Y en a partout, y en a même des qu’on saurait même pas reconnaître, alors que ce sont pourtant des prises USB mais d’un autre type. Trop de fils pendent de partout, il faut s’organiser dans ces toiles d’art et nier les vies denses. Enfin, je voulais plutôt dire : sans nier l’évidence, et désolé, j’ai eu une absence là, juste au-dessus. Mais comment organiser une chose qui va s’emmêler immanquablement, à chaque fois qu’un appareil sera déplacé, ou qu’une nouvelle prise rejoindra les autres pour trouver sa place dans la grande Moultiprise ? On ne sait pas, c’est encore mystérieux et tous les scientifiques du monde sont penchés sur la question. On découvre à peine, d’ailleurs, ces Moultiprises, sortes d’espaces sociaux pour prises, où moult branchements mâles trouvent leurs femelles sans se casser le cul !

La vie des prises sauvage pendant l’accouplement est passionnante. Elle nous en apprend tellement sur nous-même ! Bon, je dois avouer que personnellement je ne m’y intéresse qu’en amateur, je suis un observateur lointain, j’ai trouvé sur mon canap’, my couch en anglais c’est du jargon, un poste d’observation à l’angle parfait pour pouvoir, toute l’année, observer avec beaucoup de passion et d’amusement l’évolution d’un nid de Moultiprises.

Ici c’est une espèce appelée 220 Volts. Mais même les observateurs les plus gras et lourds n’auront pas manqué de constater que juste au-dessus, comme sur le lit du haut de deux lits superposés, se développe un autre nid, plus animé, plus excité même, plus moderne pour ainsi dire, ce sont des prises à houppette bleue, une espèce très rare de prises USB. Impossible à reproduire en captivité. La prise à houppette bleue a besoin de liberté et d’aise pour s’accoupler et proliférer.

Cette espèce a une histoire que sauront apprécier tous les amateurs, c’est en fait un croisement entre deux autres souches : la prise USB classique et la prise USB à houppette.

C’est dans un immeuble parisien, dans les locaux d’une start-up qui avait coulée, que la prise USB à houppette bleue était apparue. L’endroit abandonné tel quel depuis quelques semaines ne voyait jamais la lumière du jour, et pour cause…

La déprime d’avoir coulé la boîte avait été telle, chez les humains idiots, que les ordinateurs gisaient là, encore branchés, sur les tables blanches où se croisaient, entre quelques canettes vides de sodas et plusieurs cendriers pleins à ras bord, des périphériques divers, des feuilles volantes et des feuillets de papier, imprimés de tableaux incompréhensibles. Plus personne ne venait plus ici, les conditions étaient devenues plus que favorables pour l’apparition d’une faune et d’une flore électronique.

Tels des champignons, plusieurs petits bouts de circuits imprimés camouflés avaient déjà émergés douze heure après l’abandon des lieux. Il y en avait un à côté de la corbeille à papier débordante, il était sorti du sol à travers une grosse tâche de Red Bull qu’un humain avait dû renverser mais qui n’avait jamais été nettoyée. Il y en avait un autre, le plus gros, sur le mur du fond, il squattait un interrupteur. Et puis deux ou trois à peine visibles avaient fleuris sur les tables au-dessus de résidus de café.

Quelques jours avaient passé, les champignons de circuits étaient maintenant nombreux, il y en avait partout, et des sortes toutes plus colorées et étranges les uns que les autres. Mais derrière un carton, il y avait plus intéressant : un nid de prises USB classiques s’était formé. Il fourmillait d’activités.

Mais il se trouvait qu’un des humains avait également introduit ici, alors que l’entreprise marchait encore, une prise USB à houppette pour brancher un projecteur. Cette dernière était restée en désuétude, débranchée sur une table, et avait semblé morte jusqu’à ce moment particulier :

Une prise classique du nid, la plus jeune, avait réussi à grimper sur la table, et après quelques péripéties et un voyage épique dans la grande pièce, elle avait aperçue la prise à houppette.

Timidement, elle s’était approchée. Après quelques inspections plus poussées, elle avait comme dans un moment d’instinct, branché sa propre prise dessus. Et voici que quelques heures après, la nouvelle espèce était née !

Prise USB à houppette bleue, bienvenue dans le monde mystérieux des technologies !

C’est ça la magie des espaces urbains quand les humains ne regardent pas…

Une belle histoire n’est-ce pas ? Et encore, tu ne sais pas tout. Car c’est un petit résumé de ce qui est passé. Tout petit. Mais je ne vais pas me lancer dans la rédaction de cette aventure. Il faut se l’imaginer…

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