Littérature

Luch’co

On peut faire beaucoup de choses sur un bureau. Je suppose qu’aujourd’hui les trois activités les plus fréquemment pratiquées par des personnes assises à leur bureau, c’est profiter de l’informatique, consulter son smartphone, et se toucher devant de la porno. Voire les trois en même temps…

Je suis amateur de bande dessinée. J’adore ça mais mes goûts sont vraiment spéciaux, faut que ça racle, faut que ça soit cynique, ainsi quand j’ai vu la couverture de True Stories de Derf Backderf, j’ai senti tout de suite le potentiel cynique justement, de l’œuvre. Ce clébard qui de son charme fou vient égayer l’image, ça troue le cul ! Du coup par curiosité plus que par autre chose j’ai ouvert cette bande dessinée, pour découvrir un monde à part, celui d’un auteur talentueux, Derf Backderf. Et quand j’ai ouvert Trashed, là j’ai pris mon pied. C’est une autre œuvre de cet auteur, mais elle est bien plus aboutie ! Trashed raconte l’histoire des éboueurs. Leur arrivée, comment on faisait avant, leurs débuts donc, leur quotidien, et l’auteur ayant lui-même bossé au ramassage des poubelles de sa ville, il est totalement habilité à en parler.

Quand j’ai découvert qu’un de mes films préférés, Le festin nu, de Cronenberg, était en fait un livre de William Burroughs, j’ai voulu le lire. J’ai pas pu tellement c’est le bordel ce livre, pour moi en tous cas c’est difficile. Cependant ça a ouvert ma curiosité à propos de Burroughs, et j’ai lu Junky. Ce semble être un livre autobiographique, et je n’ai pas du tout été rebuté par l’homosexualité du personnage principal, sans doute l’auteur, très présente au long du livre cette orientation sexuelle. Mais du coup je suis devenu illico un admirateur de ce William, drogué jusqu’aux couilles toute sa vie, vie qui fut en partie, entre la rédaction de plusieurs livres, dédiée à son expérimentation des drogues, ces friandises que la Terre, Gaïa, dans toute sa sagesse et sa générosité, nous offre. Communions si vous le voulez bien. Il n’est que 3h13 et pas 4h20 mais vous pouvez allumer vos joints, on le refera à 4h20, aucun problème.

Une bande dessinée lui a été consacrée. Elle s’appelle Burroughs, de Joäo Pinheiro. Dans ma bibliothèque enfin ce qui s’apparente à un début de bibliothèque au contenu sélectif au possible, elle est mitoyenne à Trashed. Je ne l’ai pas encore ouverte, je garde ça précieusement, une première fois y en aura qu’une… Je ne serais surpris qu’une seule fois par les éventuels rebondissements de l’intrigue, par les dessins. Sur la couverture le héros dans une ruelle, marche attifé de son éternel costume couvert d’un pardessus, un genre de gabardine. Sur la 4e de couverture, un cafard est imprimé dans le carton, un cafard. Un cafard brillant, argenté, et au dessus, une phrase ponctue les quelques mots de présentation : « Le langage est un virus qui vient de l’espace » comme pour bien te dérouter. Un dernier détail, ce livre est relié, ce qui fait qu’il soit possible que la couleur brillante et argentée du cafard soit du vrai argent, les relieurs dorent les livres, ils les argentent aussi ça semble logique. Le titre autant sur la tranche que sur la couverture brille du même cru… C’est un beau livre. [Edit quelques heures plus tard : j’ai lu le début, c’est une adaptation du festin nu, tout simplement, un régal.]

Attention messieurs dames adeptes des lois, William est un dealer également, comme tout consommateur qui se respecte, car nous sommes obligés de participer nous-mêmes au marché noir de ces produits qui sont ignorés par les pays qui les interdisent, comme s’ils n’existaient pas. Or ils existent, et il y a des amateurs, et ces amateurs, si l’état ne souhaite pas faire son boulot en leur rendant accessible ce qu’ils apprécient, pas de souci, ils vont le faire eux-mêmes. A ce niveau on appelle ça de la désobéissance civile. Je suis un désobéissant civil, les drogues, j’aime ça, j’en prends. Mais je manque cruellement d’informations pragmatiques à leurs sujets, tout le temps revient sur la table cette diabolisation qui vient parasiter les débats, annihiler direct tout argument intéressant en la faveur des produits que j’aime. Il faut tous les légaliser, et encadrer un peu mieux leurs consommations.

A partir de cet instant, la liberté sera quelque chose de vivant et de transparent, et sa demeure sera pour toujours, le cœur de l’Homme. [Guts]

La liberté bordel ! Ça te dit quelque chose ? J’en ai vraiment rien à branler de tes mœurs, de merde, si les mœurs changent selon les époques c’est bien que ce sont des conneries, non ? Quand on découvre subitement au bout de 250 ans de pratique obscure d’un rituel religieux, que ce rituel est stupide et inutile, on le stoppe, on l’interdit, on change les mœurs. Quand un mœurs disparaît, c’est qu’on a compris que c’était de la merde. Alors quoi ? Pourquoi on ne le fait pas une fois pour toutes avec TOUS les mœurs ?? J’ai une idée de réponse : parce qu’on est cons. Alors tu tournes la tête quand je me shoote. Si tu aimes pas ça et que tu ne veux pas voir ça, t’as le choix, soit tu te casses soit tu tournes la tête. L’abandon est de mise en règle générale, c’est ce qui fait que les usagers se retrouvent, de fait, souvent tout seuls, isolés (alors on prend toute sorte de prétextes pour justifier cet isolement, mais en définitive il découle surtout de l’abandon à son sort de l’usager injecteur de la part de ses proches) et qu’ils consomment 10x plus pour compenser ce manque social, jusqu’à en crever.

Ça te choque ce que je dis ? Je crois que tu l’as fait. C’est quasiment sûr, tout le monde fait ça, même moi je l’ai fait : abandonner un pote parce qu’il fume du crack. J’ai fermé ma porte à un copain quand je devais avoir 20 ans.

« Désolé Luch’co mais là je peux pas, tu veux fumer du crack ? Tu le fumeras sans moi, maintenant va-t-en on se reverra un de ces 4, à l’occasion. » et VLAN (bruit d’une porte d’entrée qui claque)

Moi, y a 22 ans environ, à un copain. Paroles que j’ai toujours regrettées.

Ensuite je l’ai revu mon copain Luch’co mais ça n’a jamais été pareil, j’avais brisé un truc et sa tristesse déjà omniprésente avait pris de l’ampleur. Je le voyais traîner, errer, autour de chez lui, ou vers la gare, je le revoyais quand je prenais le train, je le croisais de temps en temps, et j’ai essayé de lui expliquer que ce jour là j’ai déconné de lui parler comme ça mais on n’efface pas le passé. Les blessures qu’on fait soi-même, aux autres qui ont rien demandé, qui les méritent pas, font des cicatrices plus ou moins visibles selon si la blessure a été traitée ou pas.

Ah merde, ça me donne envie de boire toutes ces conneries. Ça tombe bien j’ai devant moi une pinte métallique de 16. Fraîche en plus, le luxe ! Luch’co si j’avais encore des contacts avec toi je t’inviterais quelques jours chez moi. Et je respecterais tes habitudes, chez moi les gens sont LIBRES. Y a pas de gamin qui vient obliger à s’imposer des règles hypocrites, gâcher la fête, et toutes les pratiques sont autorisées tant que l’usager respecte deux trois règles d’hygiène. Mais très peu sont autorisés à entrer car ce type de liberté attire les méchants et les parasites. Je les repère assez vite, je les évite. Et ils s’éventent.

Liste des livres évoqués dans ce billet :

  • True Stories – Derf Backderf – Bande dessinée
  • Trashed – Derf Backderf – Bande dessinée
  • Le festin nu – William Burroughs – Roman
  • Junky (Introduction d’Allen Ginsberg) – William Burroughs – Roman
  • Burroughs – Joäo Pinheiro – Bande dessinée

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