Fiction

Les aventures trépidantes de Loulou le relou et Pistach sans ‘e’ – 2

— Tu vas voir, avec ça, tu vas avoir l’air d’un dur !

Loulou ne comprenait pas. Et s’il avait compris le sens ce cette phrase, il n’aurait pas vraiment été enjoué de ce fait : ce collier plein de spikes ne lui ressemblait pas, lui voulait jouer avec les papillons, courir après des lézards, ce genre de choses, et avoir l’air d’un dur n’était clairement pas dans ses priorités.

Les priorités de Loulou :

  1. Manger
  2. Sortir (pipi, caca, le chat, aboyer sur le chien du voisin)
  3. Manger

Mais ce qu’il préférait avant toute chose, son activité favorite entre toutes, non ce n’était pas la baballe, c’était manger à nouveau. Quelque fois, une pensée aurait pu le traverser si toutefois il n’avait pas été un chien car les chiens ne sont pas capables de construire ce type de pensée : « Si j’étais un humain, je serais boulimique et je me ferais tout le temps vomir pour faire de la place à nouveau et remanger ! » mais il n’était que chien jusqu’au plus profond de son âme et il se contentait de sa condition de clébard de la casse du coin.

Pistach sans ‘e’ se fit une réflexion qu’il trouva tout de suite étrange :

— Des spikes sans les cicatrices des bastons gagnées, ça fait pas vrai…

Puis il ajouta tout haut à l’attention de Loulou, hilare :

— Va falloir qu’on t’en fasse, des cicatrices !

Le chien plissa les yeux et pendant un instant, mais un instant seulement, Pistach sans ‘e’ eut la certitude que Loulou avait tout compris, chaque mot, dans le détail, et qu’il avait même pris sa blague au premier degré. Le dos de Pistach sans ‘e’ se glaça instantanément de stupeur sidérée.

Pas autant que celui du chien, les poils hérissés en crête. Lui, en était à s’imaginer qu’il devrait passer par les mains d’un vieux tatoueur perceur scarificateur pervers dégueulasse, lui-même tatoué percé et scarifié de partout, langue de serpent coupée en deux comme ces sales rampants flippants, énorme cicatrice tribale coupant son oeil droit dans la verticalité et s’arrêtant pile poil sur l’arête du menton. Son personnage rendu vivant par son imagination suait à mort, puait un genre de mélange de crasse et de parfum bon marché, et restait assis là sur sa chaise, à observer le chien les yeux dans les yeux, sans rien dire dans sa petite boutique cradingue sentant le tabac froid et le kérosène. Loulou dut se forcer pour sortir de son cauchemar avant que le monstre ne sorte du rêve et ne vienne effectivement s’occuper de lui et de son maître, ce type de situation était déjà arrivée, il fallait faire attention avec l’imagination.

Quant à Pistach sans ‘e’, il se colla contre son radiateur pour faire fondre la glace que son dos avait accumulée, de l’eau coula sur le sol et vint se répandre dans la rigole prévue à cet effet, puis continua de s’écouler dans un avaloir en métal surmontant des canalisations reliées aux égouts de la ville. Et Pistach sans ‘e’ regardait l’eau s’échapper par le trou, rêveur. Il commença a s’imaginer le dédale labyrinthique, complexe de tuyaux, sous la maison. Ça se terminait dans l’océan, si loin, et pourtant si proche… l’océan… Si proche qu’il suffisait de se baisser et de toucher l’eau pour immédiatement se sentir en contact avec lui, jusqu’à entendre avec précision ses sons marins, ses vagues s’éclatant contre des roches de falaises, ou encore caressant avec amour, sensuellement, toutes les plages de Gaïa, dans un rythme effréné, toujours le même depuis des milliards d’années, aujourd’hui sur fond des chants de baleines, et autres féeries auditives.

— WAF !

Ça voulait dire « Réveille-toi mec ! » ce que fit automatiquement Pistach sans ‘e’. Loulou savait où était son maître, mais il savait aussi que ce dernier ne devait pas partir ainsi trop longtemps car le risque était tout simplement pour lui de ne plus jamais revenir. Et si ça arrivait, qui est-ce qui donnerait sa gamelle à Loulou ? Hein ? Je vous l’demande !! D’ailleurs il avait faim. Donc l’invective avait un double sens. Pistach sans ‘e’ comprenait maintenant toutes les subtilités du langage simple de son chien. L’aboiement voulait également dire « J’ai les crocs ! » et ça, ça pouvait se régler en deux minutes…

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s