Auto-Psychologie

La dèche

J’aime bien cette chanson de Thiéfaine « La dèche, le twist et le reste » on dirait une balade cynique, le piano est superbe, beau de sa simplicité. Je m’inspire beaucoup de Thiéfaine quand j’écris. En fait, cette chanson qu’il a écrit à ses débuts, me fait un peu penser à une période courte de ma vie, où parfois, en manque à en crever, j’attendais mon ex qui allait en RER se ravitailler pour nous deux. On n’avait pas d’argent, et elle avait pour elle sa petite bouille de minette, elle faisait craquer n’importe quel mec… Toute petite, toute fine, souriante, communicative, sociale, elle arrivait bien plus vite que moi à réunir la somme nécessaire à notre consommation quotidienne. Ensuite elle allait pécho vers Barbès et elle rentrait à la maison. Le lendemain, rebelote. Et moi, j’attendais qu’elle revienne pour me shooter, fébrile.

Une fois, j’ai mis « Le festin nu » de David Cronenberg pendant cette attente intenable, ça me faisait marrer de les voir se shooter de la poudre anti-cafards. Jouer à Guillaume Tell complètement raide, avec un vrai flingue… Purée ! L’histoire du meurtre accidentel, stupide, résultat d’un jeu qui pourrait paraître banal, de Joan, la femme de Burroughs, est une histoire vraie. J’aurais tourné fou à sa place, à la place de Burroughs. Que sais-je de ce que j’aurais vécu à sa place, je n’y suis pas. Je n’y ai pas été et je n’y serai pas. Tout ce beau monde est mort aujourd’hui, même son fils. Burroughs Jr. est mort avant lui d’ailleurs. Funestes destins.

Car faire sa route en prenant des drogues pour compagnes, quand on veut vraiment s’envoyer en l’air avec ces demoiselles, c’est rendre son chemin accidenté, glissant parfois, et grisant parce que glissant, souvent délicieux au moment de la glisse mais blessant en bas de la pente, et ennuyeux (et douloureux quand dépendance physique) le reste du temps. La route se transforme alors tantôt en désert caillouteux aride étouffant de chaleur, tantôt en parc d’attraction plein de grands 8 et de toboggans divers et variés aux couleurs flashy n’attirant pas que les moustiques, et y en a qui sont terribles à parcourir, bourrés de loopings et de paysages bizarres et féeriques, de musiques psychédéliques aux basses profondes… Mais les stands les plus géniaux se terminent par une chute le cul sur des cailloux pointus, et il est d’ailleurs d’usage d’amoindrir ces effets douloureux avec d’autres drogues. Et puis viennent l’ennui, l’angoisse, enfin des trucs pas cool, le reste du temps. Ce reste du temps, c’est la grosse majorité de ce temps.

Eh oui l’ennui, il faut comprendre : le contraste entre d’un côté ces voyages fous, ces moments où le cerveau libère masse de sa morphine naturelle, ces extases passagères, et de l’autre le reste du temps et sa platitude, son calme plat, est immense. Et souvent l’esprit se prend à repenser à ces plaisirs interdits, à les désirer, il s’évade un instant mais revient vite car vouloir partir sans ces béquilles est ultra difficile. Et l’angoisse, celle de ne pas forcément savoir quand on va revivre ça, ou tenter de le revivre, et souvent on ne le revit jamais, mais à la place on vit des imitations de plus en plus mal faites… La prohibition des drogues n’en empêche pas la circulation, mais c’est vrai qu’elle la rend plus compliquée, ce qui fait que le drogué angoisse parfois et doit attendre sans savoir quand il va pouvoir enfin se soulager.

Les drogues ont aussi un côté vraiment inspirant. Elles ont tellement de facettes différentes, selon le produit, selon la dose, selon si on est seul ou pas… Certaines, prises en groupe permettent de vivre des choses à part, super sociales, parfois à la limite de la magie, des aventures aux allures fantastiques, vertigineuses. Elles peuvent rapprocher des gens, ou au contraire révéler la toxicité de certaines personnes qu’on va arrêter par la suite, de fréquenter. Parfois entre deux personnes, la communication est bloquée depuis un moment, et rien ne pourra plus la débloquer… Des fois une drogue permet d’ouvrir les yeux, permet d’avancer.

Et tu as ces autres périodes où elles te freinent. Généralement, à ces moments tu finis empêtré, comme enlisé dans des sables mouvants, qui très lentement, extrêmement lentement, tellement lentement qu’au départ tu ne le vois pas, t’aspirent dans leur bouillie plâtreuse où tu pourras tester tes performances en apnée, et accessoirement, prier. Mais heureusement, avant ça il existe une flopée de possibilités pour se sortir de la mouise (en terme de stratégies), entre temps il est toujours l’heure de se réveiller.

Je déteste l’expression se sortir les doigts, même rétrécie comme je viens de l’utiliser mais c’était pour l’exemple, c’est dégueulasse. Je les visionne moi ces doigts, et ce fion fisté bon sang ! Un peu de ménagement pour les personnes imaginatives s’il vous plaît ! D’autant que je ne considère pas qu’une personne accro, par exemple à l’héroïne, ait un quelconque doigt coincé dans un quelconque paf. Au sens propre, comme au sens figuré. Souvent d’ailleurs, selon ma vision des choses certes très personnelle, ces personnes accro sont bien plus lucides que beaucoup d’autres personnes, qui de par leur statut plus élevé dans le système de classes de la société, considèrent qu’eux ont la tête froide, alors qu’ils sont complètement à la masse ces sales drogués de merde qui remplissent Leurs rues, qui pompent les allocs qu’ils financent avec Leurs impôts, qui font peur à Leurs gosses avec leurs seringues de merde, et qui devraient bosser bordel de merde au lieu de se droguer, et bosser dans un boulot à la hauteur de leur niveau social : pour une misère, quasi esclave, et bien sucer leurs chefs sinon pas de renouvellement de CDD ou de contrat d’intérim…

Une société parfaite où chacun a ce qu’il mérite.

Jean-Kévin de la Pissotière, assureur

Ce que je peux être cynique, sarcastique, c’est que ça rend méchant de vivre dans un système auquel s’adapter est réservé aux autres. Où s’adapter est impossible (ou vraiment dur) pour les personnes comme moi… « Il devait finir une seringue dans le bras ! » Là je me projette dans les pensées passées que des gens qui me connaissaient bien ou mal, ou même pas du tout, avaient probablement dû avoir à mon propos y a 25 ou 30 ans. Explorer des contrées extrêmes est donc réservé à la partie la plus basse des hommes et des femmes, la lie, plus bas que la lie même.

Ce matin j’avais envie de te faire partager mes pensées teintées de gris. Elles sont grises, ouais, mais si tu observes bien, comme un ciel d’Auvergne, les teintes sont infinies et dessinent des formes.

L’autre fois en rentrant de teuf, je regardais la forêt, et le ciel, ces nuances de gris aux formes multiples surplombant toutes ces nuances de vert, de jaune et d’ocre, magnifiques en cette période de fin d’automne. Ces routes de campagne augmentées par le psychédélisme de quelques tours de poney grattés avant de partir, étaient vraiment belles. Je me suis fait la réflexion qu’il était dommage que je ne puisse pas prendre des clichés instantanés de ces paysages, car j’avais envie de les dessiner, de les reproduire. Ma mémoire ne me permet hélas pas de faire ça. Un appareil photo pourrait, mais la photo c’est encore un art différent (qui m’attire également cela dit), et là je parlais de dessin et de peinture, mais une peinture basée sur une photo mal faite, je ne sais pas si ça pourrait donner quelque chose. Qui plus est par un triple débutant comme moi : en photo, en dessin, et en peinture.

J’ai commencé à dessiner, de manière sommaire. Avec un bic et sur des feuilles de type A4 standard 80 ou 90g. J’aime bien dessiner avec un bic, mais souvent ça devient tellement brouillon qu’on ne voit plus rien de ce que j’y avais mis au départ, du n’importe quoi, que je trouve décevant. Il faut juste que je m’entraîne, que je persiste, et j’aime ça donc je persiste, mais les moments où je me mets à dessiner sont rares. Il faut que l’envie vienne, je ne la forcerai pas sinon elle serait factice, et le résultat serait une page blanche ou de la merde. Disons de la merde encore plus merdique que ce que je fais déjà, et faut le faire pour faire plus nul !

La peinture, à chaque fois que j’ai tenté le coup dans ma vie, ça a été le fiasco. Je ne suis pas assez minutieux, j’ai du mal à manier le pinceau, trop fainéant pour changer de pinceau toutes les 2 minutes si nécessaire, à le rincer, à trouver la bonne teinte, c’est un travail de fourmi. Le pinceau, c’est beau comme outil, mais si tant est que je puisse retenter l’expérience, je pense que ce n’est pas pour moi (en tous cas son utilisation classique). Je n’ai jamais tenté de dessiner ni de peindre debout par contre, sur une toile posée sur un chevalet. Ça doit clairement pas être pareil que sur une table assis sur une chaise.

Bon, et puis y a pas que les pinceaux, on a des doigts aussi, des bras, on peut utiliser d’autres outils qui ne le sont pas à la base, enfin ne pas se limiter est une règle, à moins qu’on se place des contraintes volontairement pour voir ce qui va sortir avec ces contraintes. Comme le poète qui se force à écrire un acrostiche, et voit un résultat totalement différent de ce qu’il aurait fait sans cette contrainte.

Et puis j’ai des envies folles de croiser des arts ensemble et de voir ce que ça peut donner. Je ne veux vraiment pas me lancer dans ce qu’on appelle les arts plastiques, ou dans un truc déjà connu et défini dans le Larousse, j’aime bien le métissage des cultures, inventer des mots, et surtout faire du moi, et sans me retenir si je sens que ce que je fais s’inspire d’autres artistes, mais sans jamais pomper (on peut parodier, faire des hommages, faire des références, mais on ne peut pas s’approprier un truc de quelqu’un d’autre). J’aimerais que mon art soit conceptuel, mais simple quand même, né de la fusion de plusieurs arts, un art personnel, et dans mon art personnel, y aurait de la peinture mais pas spécifiquement appliquée au pinceau. En tous cas pour l’instant je m’entraîne à dessiner. Pour le reste on verra plus tard…

Bah ouais parce que… que de projets ! C’est quelque peu ambitieux. Une toile ça coûte bonbon, j’ai déjà accompagné une fille avec qui je sortais furtivement, dans un magasin parisien pour qu’elle s’achète du matériel. C’est une industrie qui se gave. Un chevalet, ça chiffre aussi. Donc c’est pas une décision qui se prend à la légère. Et peindre c’est aussi consommer de la peinture… Sais-je au moins où je mettrais les pieds ? Il faut parfois laisser mûrir des idées pour bien qu’elles prennent forme. J’aime créer. Il ne faut donc pas que je me restreigne. Les artistes sont pauvre, mais ce qui m’attire, ce n’est ni la gloire ni l’argent, mais en priorité vivre comme j’ai envie. En créant ce que je veux. En faisant ce que je veux quand je veux. Les seules limites étant matérielles…

Oh ta gueule… Tout ce que tu veux c’est te défoncer et occuper tes défonces en laissant une trace… te rendre intéressant…

On va pas s’mentir : quand quelqu’un te dit que c’est bien ce que tu fais, ou que ça lui parle, ou le summum (selon moi) qu’il y trouve un truc que tu n’avais pas mis, ces moments où tu sens que bon, t’as peut-être eu raison de créer ça, bah ça peut faire gonfler d’orgueil. L’ego, tel un paon qui n’attendait que ça pour déployer son plumage aux couleurs chatoyantes, s’élance poitrine en avant et se vautre dans les critiques positives, en se roulant allègrement dedans. Il n’entend plus les critiques négatives, ces rabats joie… La danse de la victoire, si vaine et dégoulinante soit-elle, que l’ego est en train de réaliser, implique de ne pas entendre les critiques négatives. Plus tard. Là on m’a dit que c’était bien cette toile ! Minute papillon !

Mais qui n’aime pas qu’on lui dise que c’est bien ce qu’il fait ?
— Beaucoup de monde.
— Ah bon ? Beaucoup de monde ? Oups… Désolé. Mais attends, c’est pas un peu hypocrite de dire ça ?
— Pourquoi ce serait hypocrite ?
— Quand on crée, on veut partager ce qu’on fait…
— Pas tout le monde…
— Je comprends ça pour ce qui est trop intime, évidemment, mais pour le reste…
— Oui comme un journal intime, mais ce n’est qu’un exemple…
— Quand on crée, un des buts est de montrer des choses, de dire ces choses, de parler d’une manière non verbale… Non ?
— Ça dépend des gens… Les motivations… peuvent être aussi nombreuses qu’il y a de créateurs. On peut ne pas avoir envie que les autres voient certaines des créations, quand elles sont nées dans la douleur, quand elles font mal…
— Ouais mais justement, quand on crée des choses en se servant de cette force là, on exorcise son mal, comme une catharsis, on peut le donner alors en pâture à la vindicte, et passer à autre chose…
— Pas toujours. On trouve parfois des créations post-mortem, des trucs que l’auteur n’a pas voulu donner tu vois ?
— Ah ouais c’est vrai…
— Et puis aussi, d’autres fois il peut se passer du temps avant que l’artiste juge que c’est le bon moment, et qu’il rende certaines de ses œuvres accessibles au public. Je ne parle pas des stratégies de marketing.
— Bon. Donc il n’est pas forcément judicieux de rendre son ou ses œuvres publiques…
— T’as tout compris. Chacun fait comme il sent finalement.
— Et les vaches seront bien gardées yeepeeee !
— A la tienne !
— Etienne !
— Je m’appelle pas Etienne d’abord !
— Ta gueule eh ! Tu sais même pas comment tu t’appelles…
— Je sais comment j’m’appelle d’abord !
— Ah ouais ?
— Carrément !
— Vas-y ?
— Euuuh….

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s