Auto-Psychologie, Communication Non Violente

L'enfant-moi

C’est joli ça, l’enfant moi, ou l’enfant-moi, elle (*) dit que c’est comme ça qu’elle appelle ce qu’on nomme plus communément la personnalité ou l’ego. Mais ai-je seulement identifié correctement mon ego, l’ai-je bien dissocié de ma conscience ? Ma conscience c’est l’adulte en moi. Mon ego c’est l’enfant en moi. Celui qui est blessé et qui n’a pas pu grandir dans le même temps que l’adulte grandissait. Celui qui est irresponsable, qui est excessif. Et blessé, c’est important. Bref.

L’enfant est espiègle, il déconne, il rigole, il fait le fou, il consomme des drogues… C’est pas bon pour les enfants mais il faut se rappeler que cet enfant a précisément 42 ans… Donc voilà. L’adulte veut se caser, se ranger des bagnoles, faire du développement personnel, du yoga, de la méditation. L’adulte veut faire des enfants. L’enfant veut rester le seul et unique enfant, donc il ne veut pas que l’adulte en fasse.

L’adulte veut une certaine monotonie si tant est qu’elle soit agréable et qu’elle enrichisse au quotidien. Une certaine monotonie qui pourrait être brisée de temps en temps, via une simple décision, et qui retomberait tout de même sur ses pattes et repartirait de la même façon qu’avant, sans effort. Mais l’enfant, lui, ne veut pas de changement, ni rencontrer de nouvelles personnes, les nouvelles connaissances peuvent faire mal, elles lui en ont déjà fait. L’adulte, lui, il s’en fout, il veut prendre la vie comme elle vient au gré des rencontres, il peut sans problème rencontrer des gens, social, il adore ça, il voit l’intérêt de faire ça.

L’enfant crise en société. L’adulte tente de se substituer à lui mais il ne peut pas être vigilant tout le temps. Et chez moi, c’est l’enfant qui fait la loi, la vraie, c’est toujours lui qui a le dernier mot.

« Au pays de l’Empereur Tomato Ketchup, les enfants sont rois et ils font la loi ! »

Et cette année, l’enfant en moi a décidé de décorer un peu sa maison pour Noël. Ça fait deux ou trois ans que je vois Noël avec moins de tristesse et de colère qu’avant. Mais c’est la première fois de ma vie d’adulte que j’ai cette envie, décorer mon espace de positivité, et ainsi, rendre hommage à la Terre à ma manière très singulière. Guirlandes de diodes lumineuses nécessitant de l’énergie nucléaire (ou pas, mais ici c’est le nucléaire, sinon ça se saurait !), et comble du summum de la cerise sur le toit du gâteau, une (petite) crèche de Noël que je vais m’amuser à monter moi-même, ou pas (l’enfant en moi n’est pas très bricoleur), le truc qui fera super kitch chez moi mais quand même en accord avec quelques trucs : le bois.

Quoi, quoi ? Les crèches c’est hasbeen et c’est pour les chrétiens et je suis pas chrétien ? Rien à foutre des deux points soulevés. Ce sera ma façon à moi de me relier avec feu mon père, qui tous les ans, faisait systématiquement sa petite crèche modeste. C’était une activité manuelle, annuelle, de plaisir. Une vraie distraction. Alors les personnages, c’est quoi déjà ? C’est la famille wesh, heu… deux trois bestiaux, genre une poule et un alligator 427, sans oublier les trois amants secrets de Marie les Rois Mages (en Galilée suivaient des yeux l’é… ta gueule), tout ça en partouze géante en scène de la nativité, dans la crèche, et par pitié on ne colle pas le petit Jésus dans ses langes avant le 25 décembre, parce que s’il n’a jamais pu être prouvé que ledit Jésus soit né un 25 décembre, c’est quand même la tradition à mon daron bordel à cul !

C’est marrant parce que les gens qui n’étaient pas là à l’époque de Jésus, de Ponce Pilate, d’Auguste et de Tibère, disent parfois, souvent pour montrer leur scepticisme, ce que je viens de dire à propos du 25 sur la date, mais presque jamais ils ne remettent en cause l’existence dudit prophète. Or à ma connaissance, pas de preuve ADN, pas de descendant, rien n’est là pour prouver son existence. C’est l’affaire des croyances des uns et des autres. (Là c’était l’enfant qui parlait, il se la pète mais il a été chercher les noms des empereurs en poste à l’époque de Jésus sur Wikipedia)

L’enfant-moi a envie de croire à Jésus, à son existence, à ce que tout le monde raconte de lui. L’adulte en moi se moque un peu, du haut de ses connaissances scientifiques et de ses expériences personnelles. L’enfant est resté immature, bloqué à une période de la vie de l’adulte, qui lui, a grandi sans s’arrêter. Mais l’enfant a l’âge réel de l’adulte, c’est psychologiquement (attends… la suite est alambiquée) qu’il a l’âge de la blessure suite à laquelle il a cessé de grandir. L’adulte a grandi parce qu’il fallait le faire, parce qu’il n’a pas eu réellement le choix, sauf à se supprimer. C’est pas que l’envie lui a manqué de le faire, très régulièrement, quasiment tous les jours, mais il ne l’a pas fait, et c’est tout ce qu’il faut retenir.

L’adulte il en est là. L’enfant, il est resté loin. Mais d’aussi loin j’entends régulièrement ses pleurs, ses plaintes. Et tout le temps, on le bride, dès qu’on l’entend se plaindre, on l’écrase. Dès que par ma bouche d’adulte, d’aucuns trop sévères entendent l’enfant en moi se plaindre, ils l’écrasent sans ménagement. Tout le monde ne fait pas ça mais une majorité, si. Qu’ils sont cons ces autres, manquant de tact… Personne ne peut savoir ce qui se vit à l’intérieur d’un être, on peut tirer des conclusions en observant, mais jamais on ne pourra savoir à moins de pouvoir sonder un cerveau, et ça on en a pas encore la capacité.

L’enfant en moi veut croire au petit Jésus, mais tu sais, l’enfant-moi veut beaucoup de choses, par exemple il est déçu que le Père Noël n’existe pas, en revanche il l’est moins concernant l’ogre du Petit Poucet. Idem pour le Croquemitaine, quand bien même ce dernier ne fasse pas partie de son bestiaire folklorique, de ses fées et de ses monstres.

L’enfant aime les utopies, et il veut que tout le monde vive équitablement, que personne ne souffre plus que de raison, et que tout le monde fasse la paix avec tout le monde ce qui côtoie facile en terme de cohérence, les contes pour enfants qu’on leur lit le soir pour les endormir. Il n’y aura pas d’équité entre les hommes, il y aura toujours plus de souffrance et de moins en moins d’amour, et surtout jamais ça : la paix sur Terre. C’est évident, ça n’est pas possible à moins de l’imposer, et cette paix deviendrait une dictature mondiale. Mais je diverge. Recentrons.

L’enfant-moi a envie, donc, de fêter Noël ? Non. L’enfant-moi a envie de sentir autour de lui, l’ambiance positive cul-cul de Noël, sans devoir en vivre tous les points traditionnels. Il voudra quand même rester seul mais il ouvrira sa porte à ses amis comme n’importe quel jour. Il rechignera à faire les étreintes augmentées des traditionnelles déclarations « Joyeux Noël » et les bises associées, et restera dans son coin attendant plein d’espoir vain que celle à qui il pense vienne le lui faire, car là, il accepterait sans problème et avec le sourire.

Attends, te méprends pas, les étreintes à la con il les fait généralement (par politesse) au nouvel an s’il n’est pas tout seul, parce que tout le monde le fait et qu’il ne souhaite clairement pas mettre de crampe à qui que ce soit. Par exemple à un convive lui tendant gentiment sa joue avec toute la bienveillance du monde et un sourire avenant, souhaitant stupidement « bonne année » comme une andouille mal cuite.

L’enfant-moi tout comme l’adulte n’aime pas les situations gênantes sauf s’il en est l’origine et qu’elles sont volontaires, anarchiste de type situ. Il n’aime pas faire de la peine à un proche, un ami, à personne en définitive (par exemple à une fille lambda dont il n’a rien à foutre – celle qui l’intéresse étant assise à côté de lui – qui lui demanderait de promener son chien et à qui il dirait « non » un peu brusquement). Il ne se réjouit pas des mauvais sentiments des autres. Même si ces autres l’ont fait envers lui avant. Pas de vengeance. La vengeance est pour les faibles, le pardon est pour les forts : c’est difficile de pardonner, alors que c’est la solution de facilité de se venger.

L’enfant-moi ne veut pourtant pas pardonner certaines choses, ce qui le rend faible à propos de ces choses, ce sont ses points faibles et l’origine de sa haine. Mais ces choses sont tellement enfouies au plus profond de lui que l’adulte ne peut plus les retrouver, les identifier, mettre son doigt dessus pour se soigner, et forcément pardonner au passage. Il y a une forme de confusionnisme orchestrée par une partie de mon cerveau, et dès que je souhaite creuser dans mes souvenirs lointains, mes souvenirs d’enfance, pour accéder à des choses précises, c’est impossible. Très vite ça devient trouble, noir, il n’y a plus rien. Alors j’abandonne.

Ne les trouverais-je donc jamais ces points d’orgues originels de mes traumas ? L’hypnose pourrait aider, probablement… Enfin pour ça faudrait essayer, en tous cas avant toute critique.

(*) Isabelle Padovani dans Pourquoi je me sabote ? [Youtube]