Je fais ce que je veux

Dédicace

Bon… O.K.

C’est vachement décourageant de perdre même le plus pourri des textes qu’on est en train d’écrire. Que ce soit de la prose, de la poésie, ou n’importe quel autre truc, quand on se rend compte que la magie de l’informatique ne t’offrira pas, cette fois, le privilège de pouvoir récupérer ce que tu as perdu… quand on voit presque les mots dont on se souvient encore s’enfourner dans le tourbillon d’une chasse d’eau pas désirée… quand on se dit qu’on n’aura aucune chance de reformuler les mêmes phrases en y mettant la même hargne, la même dose de haine, la même dose d’amour, la même dose de joie, de tristesse, de peur, de… Rhaaaa…Putain !

C’est pas pour ça qu’il faut se laisser emporter par le renoncement et cesser d’écrire pour autant. De quoi parlais-je donc pour être aussi passionné ? De rap. Merde si j’avais su quand j’étais adolescent que j’aimerais le mouvement rap dans son entièreté autant que le mouvement punk, j’aurais été un peu plus ouvert d’esprit. J’aurais tendu l’oreille de temps en temps au lieu de cracher dessus. Moi qui vivait les prémisses monotones d’une vie – qui sera par la suite super mouvementée – d’un poète maudit que personne n’écoute encore aujourd’hui, moi qui vivait le rejet dans toute sa grandeur gonflante (au sens propre comme au figuré). Je ne savais pas alors que je suivais la même voie, le rap c’est la poésie. C’est de la poésie contemporaine qui a ses propres règles, ses propres mœurs, à commencer par un débridage total du langage.

Quand j’ai osé écrire du rap, disons des textes destinés à être chantés sur des morceaux de hip-hop instrumentaux, je n’ai pas vu le côté vraiment ridicule de la chose. C’est pas du tout mon milieu, mais je peux m’approprier cette culture sans risquer de choquer des gens, alors que si j’avais fait la même chose considérant d’autres cultures, on m’aurait traité en face de voleur. L’appropriation culturelle est un des éléments sophistes du tout politiquement correct. South Park a parodié cette tendance moderne de l’homme et de la femme à pousser la notion du politiquement correct à l’absurde. C’est (je sais que tu le sais, tu connais South Park, mais c’est dans la saison 19 si besoin) par un personnage désagréable et stupide au possible, PC Principal, que South Park te parle du sujet. Voici une espèce de Golgoth moderne, le masculin de la pom-pom-girl, cerveau absent, le mec qui s’est construit sur ce qu’il a le droit et ce qu’il n’a pas le droit de dire, de faire, sans risquer de froisser une communauté, même une dont il ignore l’existence. Et c’est lui qui éduque les enfants. Bah bravo… Ça promet pour le futur…

Je peux donc m’approprier la culture du Hip-Hop malgré l’avoir rejetée y a longtemps pour des raisons qui sont miennes (révélées quelque part sur le blog, faut fouiner, ou pas haha! – à la Nelson), sans emmerder personne, et ça franchement, c’est super reposant. Bah oui, le rap, c’est une culture qui vampirise d’autres cultures, qui s’auto-vampirise aussi. Le sample (extrait d’un autre morceau, mis en boucle, et associé à d’autres samples) est la base de l’instrumentale pas cher qui servira à terme de plate forme d’expression pour des loulous qui ont des textes qui ont du chien, alors ce ne sont pas les pirates qui reprocheront à d’autres d’être aussi pirates… Alors bien sûr, il n’y a pas que les instrumentales des beatmakers qui servent de base, beaucoup de rappeurs ont leurs propres (beatmakers oui, mais aussi…) musiciens, et parfois utilisent même la philarmonie, comme dans d’autres registres tels que la trip-hop, et… bah tout en fait. Toute musique peut s’adapter pour être jouée par un orchestre symphonique. Le soliste est un chanteur mis en avant. Le rappeur qui chante sur la musique d’un orchestre est un soliste.

En fait j’en n’ai rien à foutre en réalité. Je suis loin déjà. Je ne chante plus de rap. Je suis passé à autre chose et les quelques textes que j’écris encore ne sont plus qu’inspirés, peut-être, imitent l’avant, jalousent humblement ces artistes à qui ils n’arrivent pas aux chevilles, même si y en a quand même eu deux ou trois qui y ont cru, ça a flatté l’ego sa mère.

Nique l’ego. Et pis nique sa mère aussi. Voilà, on peut passer à autre chose, quelque chose de plus sérieux (hahaha ta gueule !), ou en tout cas qui me correspond plus (ouais c’est mieux…). L’autodestruction par exemple (tiens donc), son étude introspective (bah oui voyons…), sans instrument au lieu d’être instrumentale, mais possiblement instrumentalisée.

Hey ! J’me marre mais, hier j’ai visionné un truc avec un peu de recul, j’ai compris que certains morceaux peuvent être écrits avec un but précis, par exemple en exécutant le plan suivant :

  1. écrire un rap dédié à quelqu’un avec toute la puissance de la rage qu’on va chercher au fond de ses entrailles raï
  2. lui faire vivre ça, mais penser à racheter de la corde et à nettoyer le sang sur la scie et dans le coffre de la Xantia après ça

On un du genre (c’est ça…). Quand on pousse un gent à bout, il faut comprendre que son imagination aussi riche soit elle pourra être à l’avenir dédiée à la vengeance, fomentant des scénarios croustillants inspirés de littérature (films, séries, jeux, applications, etc) glorifiant la violence, directement inspirés des pires films gore d’horreur, se voyant dans la peau de Leatherface (pffff…) en train de découper au couteau de boucher des filets dans des corps vivants pendus à des crochets, le corps d’un mec qui l’a offensé, mais aussi ceux des membres de sa famille qui pendouillent à ses côtés sous ses yeux impuissants, ses pauuuuvres enfants. Les enfants c’est plus digeste.

Le pire là-dedans, c’est qu’avec une bonne organisation jamais le gent en question ne se fera choper, il pourra continuer à agir ainsi et les autres gens continueront à rigoler et à considérer que les scénarios tels que celui que j’évoque ici sont trop extrêmes et farfelus pour être crédibles. Mais c’est oublier la folie vraie de l’époque actuelle qui s’acharne à fabriquer de plus en plus de pétés de la tête, de fous qui à force d’être poussés à bout, passent aux actes barbares. S’ils ont bien appris comment fonctionne la société, alors à l’intérieur de celle-ci ils passeront pour de bons éléments, actifs et consciencieux dans leur travail, possiblement de bons pères de famille aimants.

Tu sais, je pense qu’il y a des chocs qui redirigent les vies. C’est pas clair… Attends…

Ferme les yeux (ou pas) et visionne le corps d’un humain vivant lambda. Nu. Il a aussi les yeux fermés si ça peut t’aider. Imagine le comme ça te plait de le faire. Feu Pierre m’y aide.

Merci Pierre Ouin

Ça y est ? Alors maintenant, au dessus de lui, place une frise chronologique, et colles-y sa vie. Le début étant sa la conception in utero où les premières sensations et émotions naissent, premières interactions avec d’autres à travers un ventre gonflé pendant 9 mois, et puis la naissance. Tu peux partir de la naissance si tout ça te perturbe. La fin c’est la mort.

Bien entendu tu peux mettre des trucs avant et après, ça te regarde. Mais ce qui nous intéresse c’est tout ce qui se passe entre ces deux points d’impacts blancs sur la frise : la naissance (in utero) et la mort (in terra).

Tu peux le faire vraiment si ça te dis, le dessiner sur du papier, je ne l’ai pas fait. Je me contente de te décrire dans les grandes lignes ce que je vois dans ma tête pour que tu puisses aussi le voir, à ta manière personnelle.

Sur cette frise maintenant, on va placer les événements importants : les positifs, les bons souvenirs qui sont là pour toujours et déterminent la suite, mets les en vert (ou choisis ta couleur). T’as vu ? Ça commence à se remplir… A devenir plus qu’intéressant. Même des fois quand on regarde ça comme ça, on a l’impression de comprendre des choses qu’on ne comprenait pas avant, faut juste reculer d’un pas pour mieux voir.

Mais comme il n’est pas question de faire un tableau édulcoré, on va maintenant s’occuper d’une chose moins agréable. Et il ne faut pas tricher (je souris, parce qu’on triche tous). Allez c’est parti : mets-y tout le reste et en couleur s’il te plaît ! Les trucs neutres en blanc, et brutalement ou progressivement, en rouge, les douloureux. Et waow, des fois ça pique les yeux, y en a des insupportables.

Tiens regarde celui-là t’as vu ? Le mec est plus jamais comme avant à partir de là !

Allez, n’en oublie aucun de ces points d’impacts ! Dans la joie et la bonne humeur. Activités de Noël.

Donc voilà, on y est, garde ce croquis en tête car c’est lui qui nous intéresse. Recule et vois le tout, tu vois tous ces points rouges ? Y en a des plus gros, et d’autres aussi petits qu’une tête d’épingle. Les plus graves ont redirigé la vie de l’être en lui interdisant d’autres scénarios plus cléments vers lesquels cette vie était prédestinée à aller, rendant cette vie plus misérable à chaque fois.

Mais on peut aussi compter et comparer le vert et le rouge, et tu pourras voir de quel côté penche la balance.

Ajouter du jaune au vert et au rouge, écrire 420 dessus, en gros. Rouler un joint avec le dessin, le fumer. Aller se recoucher. Dormir jusqu’à midi. Sortir le chien en retard du coup. Mais dormir. Pour ne pas penser, pour ne pas vivre. Pour s’échapper dans un monde parallèle, celui du rêve, étrange, vraiment étrange.

A chaque fois que je rêve je retourne dans la peau d’un sosie de moi qui, de l’autre côté, me hurle les yeux fous pleins de désespoir et de panique, que le rêve c’est ma vie de rêve, et que la réalité c’est la sienne. C’est pour ça que je sors des rêves au plus vite, que je me réveille tout le temps, appeuré, les yeux mouillés, en sueur. C’est parce que y a un mec la nuit qui tente de me voler ma vie !

Mais ma vie je lui donne moi, s’il la veut ! Elle a tellement peu de valeur aux yeux de tous ces cons, qui hélas sont majoritaires donc système démocratique oblige, leurs avis sophistiqués font office d’autorité quand par exemple on décide de ce qui existe, et de ce qui n’existe pas. Elle a tant peu de valeur dans la moyenne acceptable, qu’à mes yeux également.