Quotidien alternatif

Ajout de tartes

Est-ce que j’ai envie d’écrire ? Je ne sais pas. J’ai envie de parler un peu. Calmement. Parce qu’hier j’ai encore bu. Oh, pas comme un trou, juste une dizaine de bières, des 25cl. Mais il m’en faut peu. Il m’en faut peu pour être haineux. Peu d’alcool, j’entends.

Ta gueule

Hier, j’étais chez un pote, qui s’endormait après s’être enivré de cannabis. Alors ne voulant pas le déranger, je l’ai laissé seul et suis parti tranquillement, avec mon sac rempli de bibine. J’ai descendu un étage et j’ai frappé à la porte du dessous. Je sais qui vit là, c’est un gars que je connais peu, à peine. On se salue dans la rue. Mais j’avais reconnu en lui un ancien zonard. On a bu un coup chez lui et je suis parti finir ma cuite seul. Il ne parlait que télévision, c’est sa vie la télé. Ce n’est pas la mienne. Je déteste la télévision.

Je ne fréquente plus que des zonards, et aussi des anciens zonards. Des gens brisés, reconstruits, de nouveau brisés, reconstruits encore et encore. Y en qui ne parlent plus tellement ils en ont bavé, on saura pas leur histoire. Ils ne font plus que répondre, et encore, il ne faut pas que la question soit trop personnelle. Ça leur suffit. Ils sont vivants, mais ils errent dans un océan certes calme, en position de la planche pour ne pas couler. C’est comme s’ils avaient l’impression qu’un geste trop assuré de leur part, les fera se déstabiliser et couler.

Je ne fréquente plus que des zonards, car les autres personnes, que ce soient celles qui ont réussi leur vie, ou encore celles qui travaillent, ou tiens : celles qui ne se droguent pas, me regardent bizarrement, comme si pour elles j’étais un parasite de leur belle société. D’ailleurs j’en suis un, si ça peut les faire chier ces cons qui détiennent un droit d’exister dû à leur statut sociétal, pas comme moi. Moi je suis un genre de tique. Je suce ton sang sale Bourgeois et je me gonfle de ton énergie vitale. Quand tu vois mes traces de morsure je suis déjà parti loin.

Voilà. Avant hier j’ai squatté avec des copains, devant un tabac, ils tapaient la manche comme chaque jour. Et comme chaque jour, le soir venu, ils rentraient. Où ? Est-ce que j’sais moi ? Sous leur pont, chez leur pote, dans leur squat, je n’en sais rien. Je suis privilégié, j’en ai conscience. Par rapport à eux en tous cas, à leur situation actuelle, qu’ils y soient résignés, ou non. Ça fait réfléchir de revivre ça ponctuellement, tout en sachant qu’on va retrouver son petit confort après. Et faut pas culpabiliser, parce que revivre veut dire qu’on l’a vécu, ça. On l’a déjà vécu. Qui c’est « on » ? Devine !

Un pote, ce jour là, m’a offert une bière. Ça faisait plusieurs heures que je résistais à en boire une, de bière, parce que j’étais en scooter et que j’avais 50km à faire dans le froid. Et il fallait que je sois sobre pour rentrer, le chemin est un peu dangereux sous la pluie, ça glisse. Mais quand le copain, tu sais le mec qui fait la manche avec sa coupelle au milieu du trottoir et son pauvre euro 67 dedans, m’a dit « je t’en offre une« , j’ai accepté d’office. Il se prive pour moi là, pour pouvoir apprécier ma présence (sur laquelle les Bourgeois crachent), et me donner la possibilité de m’enivrer aussi. J’ai dit oui. Mais j’ai ajouté : « ce sera la seule« . Et ça a été la seule. J’ai attendu ensuite assez longtemps pour faire redescendre mon degré d’alcoolémie, et je suis parti.

Quelques heures plus tôt, aux alentours de la gare, je vois un couple de zonards. Le mec m’aborde et me demande « un brin de monnaie pour prendre le train« . Ce à quoi je lui réponds : « Mec, tu vas pas me la faire, là je vais te filer de la thune et t’en feras ce que tu voudras, clairement. Acheter à boire, acheter de la came… à bouffer ? Ca te regarde. Je lui ai donné 5€, c’était tout ce que j’avais sur moi. Il a souri, on s’est compris quoi merde !

Quand on donne de l’argent à une personne au bas de l’échelle, qui fait la manche, à la rencontre ou assis par terre, on n’a pas le droit de vouloir contrôler sa vie. Tu sais pas qui c’est le mec en bas, tu n’as pas à le juger. T’es parfait toi ? Non, bien sûr. Alors lui dit pas de pas se camer, tu connais pas sa vie. Donne gratuitement, sans condition. Parce que tu forces beaucoup de monde à mentir pour survivre si tu conditionne ta générosité. Et les rapports que tu as avec ces gens sont faux.

Je ne sais jamais, au départ, à qui j’offre mon amitié. Je fonctionne au radar, et le mien est un peu niqué, il s’est pris quelques murs et il marche au lance-pierre. Ce qui fait que souvent je me plante lamentablement. Quand c’est comme ça, dans mon crâne l’état d’urgence est décrété. Quand c’est comme ça, je me mets en « mode survie » et il faut que je m’isole. Mais faut pas voir tout en noir, ça arrive aussi que je ne me trompe pas, et que démarre une belle histoire et des aventures superbes. Ce qui m’amuse moins ce sont les traîtres, et aussi ceux qui jouent tellement bien la comédie qu’on ne s’aperçoit pas, toutes défenses baissées, qu’ils font semblant. Qu’ils ont d’autres motivations que la simple amitié.

Toi qui fut mon ami(e) et qui ne l’est plus : est-ce que quand tu m’as perdu, quand je t’ai dit que c’était terminé et que je voulais plus te voir, tu en as été malheureux ? Si oui, alors j’ai eu tort. Si non, alors j’ai eu raison. Tant que je reste silencieux, c’est qu’une porte est entrouverte. Le jour où tu passes dans le camp adverse, en tous cas dans ma tête, et le camp adverse dans ma tête vient s’enrichir régulièrement avec tous ceux qui se foutent de ma gueule, d’une manière ou d’une autre, eh ben tu le sais. Tu le sauras. Parce que je vais faire du bruit, et que tout le monde le saura aussi, accessoirement.

Allez va, j’me casse. J’me casse en deux. En trois… Dans trois secondes. 3-2-1…