Paroles

Trop d'heures à tuer

Certains maux mettent du temps à juste s’amoindrir.
A moins de rire juste à temps on en vient à s’effacer.
Assez facile à dire mais si c’était la panacée la vie,
j’en aurais envie, de la vivre, la mienne.
Génial, une vie à vivre, devrais-je, c’est vrai, m’écrier.
Utiliser mon encrier et ma plume usée et décharnée
pour le crier sur les toit sous mon ciel,
solitaire et silencieux parce que c’est la nuit.
Il n’y a personne la nuit,
ça sonne creux, dans le vide.

J’en sens des tonnes et des tonnes d’ennuis distincts,
bulles sinuant entre nuages à peine visibles,
chacune psalmodiant son leitmotiv
justifiant la légitimité de son existence ici-bas.
Certaines se couplent cédant aux danses séductives,
mais pas ces ploucs errants esseulés,
eux se contentent d’aller au hasard, désolés,
et ceux-là au même titre d’ailleurs que tous les autres,
il vaut mieux que tous je les fuies.
Alors pour assassiner un peu de temps sans cinéma,
tout en cherchant en solo un lieu désert en Si bémol,
un lieu où me serait permis, une existence sans exorcisme,
sur mes doigts, loin du séisme, je recompte mes amis.

Ce petit doigt a été mutilé,
ce petit doigt est mort d’une OD,
celui-là il est mort du SIDA,
quant à lui on veut qu’il ait honte de s’accrocher à la vie !
alors il boit.

Sur sa main perchée, difforme et morphinée d’échardes,
ce toon prédestiné à être monétisé par ses semblables,
pour son salut perdu dans les bulles d’autres histoires ubérisées,
n’a toujours que quatre doigts.
On dit que c’est pour épargner le grand dessinateur suprême
Le premier humain de la chaîne pressurisé par les on-dit.
Dans le monde magique du dessin très design, (voyez-vous ?)
un doigt vaut une heure, pas plus.
C’est pas non plus pathétique : c’est le tarif de nuit.
Demain ça sera demi-tarif, s’il en reste… des mains.
Il ne me reste à moi plus qu’une main à couper
et encore beaucoup trop d’heures à tuer.

Mais que vais-je devenir ?