Auto-Psychologie

Maïkeul

Ma vie, matériellement comme immatériellement, est en bordel. Alors il semble normal que lorsque j’y vois clair aidé par une substance qui ne me fait pas péter les plombs, je tente de ranger autour de moi, de finir les trucs que j’ai commencé y a des mois. J’ai listé les drogues que j’aime quelque part ici (§12) et la conclusion c’est que les effets secondaires pour chacune, sont bien trop hard pour que j’en prenne, que je ne supporte pas le produit ou encore que je fais des blackouts avec crise de nerf incluse, généralement quand y a beaucoup de monde. Donc je suis relativement limité parce que je n’ai aucune intention de continuer à péter les plombs, cette perspective me fout la trouille, je n’aime pas manquer de contrôle sur moi.

Gridlock’d
à gauche, Tupac est un toxico,
à droite, Tim est un toxico

Comme tu peux le voir, le drogué s’adapte, et évolue vers la pratique la plus confortable possible. Tout ce qu’il veut c’est se défoncer, alors il saura alterner les produits à chaque prise pour ne pas tomber addict d’un d’entre eux, tant que faire se peut. A peu près tous les consommateurs d’héroïne ont fini par avoir trop confiance en eux, et se sont laissés couler en bafouant leurs propres règles qu’ils s’étaient édictées. Moi j’avais ma règle des 2 jours. 48 heures max sous opiacés à grosses doses, mais pas 72. A deux jours de prise d’affilée, on a déjà les prémisses du manque, à 3j on en chie vraiment mais c’est encore rattrapable, c’est qu’une ou deux nuits difficiles à supporter.

Ce que j’avais remarqué en observant mon corps réagir à mesure des jours, et ceci explique comment j’ai établi cette règle des 2 jours, c’est le premier truc chiant du manque – excepté tout le côté mental, la peur du manque, et qu’on ne sait pas ce qui va se passer, qu’on avance en terrain inconnu. La nuit où tu n’as plus d’opiacé, la 3e donc, tu as beaucoup de mal à dormir, voire tu n’y arrives carrément pas, et ce qui empêche le sommeil c’est une nervosité anormale, une absence de fatigue pile poil au moment du coucher, et d’autres trucs selon les gens.

La règle des deux jours c’était une soupape de sécurité qui m’a permis pendant environ 1 an ou deux, à consommer sans me retrouver addict. C’était reculer l’échéance, bien sûr, car très rapidement j’ai dû y aller non plus par choix, mais par obligation. Mais cette règle n’est pas la seule. Elles se font à mesure des aventures qu’on vit. Pour ne pas revivre telle ou telle chose assez dure.

A chaque drogue ses règles. Chaque drogue est différente et de nos jours, il existe bien davantage de littérature informative dessus, qu’avant. Beaucoup en anglais, mais nos associatifs français ne manquent pas d’énergie pour apporter au reste du monde les connaissances d’un pays. Mais en pratiquant on s’aperçoit vite qu’en terme de danger y a tout de même des trucs plus hauts que les autres. L’héroïne est connue pour provoquer un manque atroce, la cocaïne pour obséder l’usager et le torturer mentalement s’il en veut et qu’il n’en a pas. Ca diffère aussi pas mal selon les modes d’administration : fumer la cocaïne et la shooter en intraveineuse, ça obsède à mort tant les flashs (montées) sont intenses. Y a aussi des pratiques idiotes. Comme de prendre des trucs qui abrutissent en public, c’est se rendre vulnérable et condamner les copains à gérer la surdose à ta place. Et c’est pas ce que tu veux, à moins d’en vouloir à quelqu’un et de lui montrer en faisant une OD, sauf que si on ne dit pas les choses, on ne peut pas exiger que l’autre comprenne quand même. Des fois il comprend, et quelqu’un qui te comprend quand tu es complexe comme ça, c’est précieux.

Pour l’héroïne, y a même eu une période où j’avais arrêté depuis quelques mois, j’avais stoppé aussi la méthadone. Petite parenthèse, j’ai eu bien plus de méthadone que de subutex dans ma vie. Évidemment, pas en même temps puisque l’un (sub) est censé annuler les effets de l’une (metha, et aussi de tout opiacé contenant des psychotropes) et prendre le relai au bout de 24-48 heures, l’effet calmant-du-manque s’étant installé totalement. Une fois j’ai mélangé les deux. Enfin plus qu’une fois. Mais il n’y a eu qu’une seule fois qui a été très intense. Je te raconterai, ça vaut le coup, c’était à Montpellier. Le sub, à cette époque, c’était pas un traitement (je le prenais récréativement) puisque j’achetais tout dans la rue à l’arrache. Fin de la parenthèse. J’avais donc stoppé opiacés et méthadone, j’étais refait. C’était en 2014…

2014, département de la Marne. Coin : paumé. Travail : non. Transports : non. Galère : oui. Racisme : à fond. Consanguinité : 72%. Pôle Emploi trouvait que j’avais besoin d’un stage, et j’étais à peu près obligé d’accepter : disons que j’avais fait une demande pour passer gratis le permis, donc si tu refuses les trucs de merde qu’ils te proposent, stages et soi-disant formations qui n’en sont pas, y a de grandes chances qu’ils te refusent le permis de conduire (c’est pathétique). De toutes façons y a 90% de chances, que tu sois docile ou pas, pour que tu n’accèdes pas à leur soi disant permis payé par Pôle Emploi, réservé en fait aux suceurs et aux fils et filles des employés. Ils me l’ont refusé pour la petite histoire, si tu avais pas compris. Mais j’avais donc été à cette formation, ce stage qui devait se finir par un putain de vrai stage en entreprise, mon cauchemar… Mais c’est dans ces locaux que dans l’ennui le plus total j’ai rencontré un autre gars amateur d’opiacés (je ne connaissais personne dans cette ville, avec mon ex on s’était mis en mode vase clos, et quand elle est parti le vase s’est rétréci jusqu’à m’oppresser), un qui se faisait chier aussi. On en a vite parlé, et dès lors qu’on en parla, c’est devenu une obsession jusqu’au moment où on en eut. Note un truc : ce bled de la Marne, y avait pas un moyen de transport en commun, mais à deux rues de chez moi, y avait de l’héro. La guerre aux drogues fonctionne ?

A chacun son étoile

Donc j’en reprends, et ne sentant pas le manque revenir (normal j’étais sevré) je me disais que j’avais trouvé enfin une méthode pour en prendre juste ce qu’il faut chaque jour pour ne pas tomber dedans (le drogué aime bien se mentir, il en a pris l’habitude puisqu’on lui ment tout le temps). Quand même en prendre mais de façon modérée, mais dans ce bled y avait que ça, et du shit. Le manque est arrivé assez vite. Quand on a été addict une fois, on retombe super facilement. La 1ère fois j’ai mis plus d’un an avant d’être vraiment accro et de penser à suivre un traitement de substitution (quand on se rend compte qu’on est accro, généralement on pense à la substitution). La 2e fois, ça a pris une semaine à tout casser. Je suis dans la 3e fois et je ne suis pas accro. Parce que je fais une chose que je n’avais jamais fait : j’alterne. Sauf que il y en a certaines que je ne prendrais plus, ou en dernier recours (si y a QUE ça, ou si on m’en propose assidûment), ou encore dans 10 ans, quand ça ira mieux. Mais je doute que concernant ces trucs ça aille mieux un jour, ça risque d’empirer avec l’âge, ce qui semble logique : la vie elle-même est toxique et provoque des maladies avec l’âge, si on ajoute les drogues, j’imagine qu’on est plus vite malade quand on chope un truc, cancer, sida, hépatite (…et plus si affinités). Un copain morphinomane avait développé un cancer de l’estomac je crois, il est mort super vite (quelques semaines) alors que c’était un costaud. Pour la petite histoire, même dans ses derniers moments, l’hôpital lui a refusé la morphine et l’a laissé souffrir. La raison ? A l’hôpital on ne donne pas de morphine aux toxicos, ou aux anciens toxicos. En tous cas dans cet hôpital (Saint Louis, Paris). Des fois qu’il simulerait son cancer… Car le toxico soi-disant cancéreux est fourbe c’est bien connu.

Infirmiers-ères, médecins : vous êtes sales, vous avez les mains sales. Et je vous hais, c’est bien simple. Infirmier, infirmière, tu représentes ce fils de pute qui a tenté de m’étrangler alors que j’étais encore plein des grammes de kétamine que je m’étais envoyé en mode binge drinking, et qu’attaché à l’hosto sur un lit, je hurlais en suppliant que quelqu’un me donne de l’eau, me détache. En revanche, tu ne représentes pas cette personne, qui est venue me donner de l’eau, qui a désobéi, elle. C’est pas une pute elle. Elle, je l’aime tu vois ? Tu vois la différence connard ?

Le speed, je ne veux plus en prendre mais c’est souvent tout ce qu’on peut prendre parce qu’il n’y a que ça. Et tout ce que j’ai listé au bout du lien du 1er paragraphe de ce post, je ne veux plus prendre. Sauf à me faire une salle sécurisée où je ne pourrais pas me blesser, où personne pourrait entrer, où je ne pourrais pas sortir pendant le temps de la grosse montée du truc, et surtout sans internet, enfin pas les sites où je m’exprime comme mon blog, et surtout, mais surtout, tout réseau social. Je suis totalement à côté de la plaque, si j’ai listé ces produits, c’est surtout rapport à ma santé et à des effets non désirables…

Y a aussi que je ne peux pas dire les choses sur ces réseaux, enfin je peux mais ça reste assez mal vu. Et je suis quelqu’un qui parle beaucoup. Quelqu’un qui écrit beaucoup. Et puis concernant les prods et la société, les gens ne connaissent pas assez les produits, beaucoup de mythes existent et perdurent, entretenus par la presse, et surtout par les associations de lutte contre des moulins à vent. Réaliser des films de prévention je peux comprendre mais des films de propagande anti tout, y a des limites. Et ces associations étant considérées comme d’utilité publique, les gens leur envoient du pognon. Du coup quand ils font une campagne, ils peuvent mettre les moyens pour en mettre plein la vue aux personnes un peu crédules, celles qui avalent tout tout cru en une bouchée, celles qui généralisent des cas exceptionnels parce qu’un film a suggéré de le faire, etc.

Y en a qui s’enferment pour décrocher (voir Trainspotting), moi je m’enferme pour consommer. L’ennui c’est qu’en me cloîtrant pendant les montées des trucs que je supporte mal, je ne couperais pas seulement l’herbe sous le pied des mauvais délires, mais aussi des bons délires. Car je supporte parfois d’autres trucs. Le LSD, c’est rare mais ça peut arriver. Idem pour la MD et les tazs. Idem pour la kétamine, tous mes délires n’ont pas été catastrophiques sinon je n’y serais pas revenu fébrilement, ce produit ne m’aurait pas obsédé à ce point si y avait eu que des points négatifs. C’est à cause de ces points négatifs que j’ai commencé à me dire que de prendre tout ça n’était peut-être pas une bonne idée. Quand on me dit ça, ça arrive encore, je retourne le cerveau de mon interlocuteur. A la fin, mon interlocuteur, soit il est pour la légalisation (en fait même pas, pas besoin de légaliser, il suffit de supprimer les lois qui interdisent la vente, l’acquisition, le transport, la cession, la possession, l’échange, et la consommation de tous les produits confondus) soit il veut se suicider pour que ça s’arrête. Ici je parle de débattre avec une personne de bonne volonté, qui ne sort pas des arguments débiles en soutenant malgré la preuve par A+B que c’est faux, que c’est comme ça et pas autrement. On peut pas discuter avec des platistes, par exemple.

J’aimais pas la méthode zététiste, avant, c’était pour le principe de contredire les gens. C’était en vogue, beaucoup s’intéressaient à ça, et moi aussi mais quand j’en parlais, c’était pour jouer les trolls platistes. Maintenant j’aime la zététique, sans trop l’utiliser (quoique, c’est un réflexe qu’on peut prendre l’habitude d’avoir, de douter de tout). Ça m’a appris quelques petits détails sur le langage, détails que j’aurais pu sans aucun doute aller trouver dans de la littérature philosophique (Descartes – discours de la méthode ; Schopenhauer – l’art d’avoir toujours raison ; etc.), littérature qui aurait dû m’atteindre au lycée, or je ne suis pas allé au lycée. A la place, j’ai livré des pizzas a des andouilles qui ne me donnaient pas assez de pourliche, ça me payait mes clopes et ça : je suis allé en boîte pour mineurs à la Main Jaune – M° Porte de Champerret entre 1993-1994 juste avant la fermeture définitive.

C’était ouvert les mercredis et les samedis après-midi pour les mineurs, no alcool, no drogue, juste du roller, du rollerblade à la rigueur, des musiques très à la mode, des tubes et des trucs que le DJ aimait bien (comme Popcorn i.e. et ça je connaissais pas). Je me souviens qu’il passait je danse le Mia d’Iam et aussi Nouveau Western qui sample la chanson de Serge Gainsbourg, Bonnie and Clide, par MC Solaar, et qui date de 94 donc on est dedans… Chaque fois y avait plusieurs slows où il était d’usage de rouler une pelle express, pendant le slow, généralement à la fin et fallait pas être trop pressé, et fallait au moins baratiner la fille un peu avant, lui poser les questions classiques, questionnaire léger qui finissait souvent par : T’as un mec ? J’essayais d’être plus original mais quand je changeais un truc ça marchait pas. Là-dessus elle répondait Non. Et là, d’abord tu lui lançais le regard irrésistible, tu la sondais vite fait, les yeux ça trompe pas, et si elle te paraissait en avoir aussi envie (l’attendre) et qu’elle te plaisait suffisamment, tu lui en roulais une, plus ou moins longue (vive l’apnée), sinon… bredouille (ou broucouille selon les inconnus). Par contre quand ça marchait, si affinités ça se finissait dans un fauteuil de la boîte le plus reculé possible, planqué dans la pénombre, et pour ça y avait la grotte... Hahaha ! Purée. Que de souvenirs de fous. Adolescents les souvenirs. Je termine : …à se rouler des galoches et baver sur l’autre, en glissant quelques mains par-ci par-là au risque de se prendre une tarte dans la gueule, ou simplement un avertissement. Et alors, si y avait plus plus d’affinités, là tu revoyais la nana hors de la boîte.

Je n’ai jamais aimé les discothèques, quoique j’ai bien kiffé les murs de la Locomotive les deux fois où j’y suis allé. Mais la Main Jaune, j’attendais toute la semaine pour y retourner et créer des liens. J’ai créé quelques liens, hélas aucun qui est resté. En fait cette période m’a même fait perdre un copain d’enfance qui était de passage ce jour, j’ai voulu l’emmener là-bas. C’était un copain, d’une époque où ce sont juste les copains qui importent, qu’il n’y a encore aucune différence entre un ami, un pote, et un copain. Une époque où on se prenait moins la tête ? Pas sûr… Et puis c’est sans doute très singulier comme façon de voir les choses : aujourd’hui encore je ne fais pas de différence, et je ne fréquente que des personnes que je suppose des amis, aussi quand je rencontre l’ami d’un ami, ou le pote d’un pote pour le dire autrement, j’offre mon amitié assez facilement. Comme disait un (ancien) copain, sous réserve de la reprendre au premier signe de trahison.

Ma mère a toujours fumé, et fréquenté des fumeurs et des fumeuses. Le cannabis j’entends. Et elle avait une copine chez qui elle m’emmenait parfois quand elle ne pouvait pas faire autrement que de m’avoir dans les pattes, et avec qui elle fumait plus que probablement. On allait parfois là-bas, et passé la porte on me collait dans la chambre de Maïkeul (le prénom a été changé un peu). On avait 5-7 ans tous les deux, j’ai des repères pour le savoir, je ne me souviens pas de l’âge que j’avais quand je fréquentais Maïkeul, mais j’ai passé 2 ans en internat, entre mes 8 et mes 10 ans, et c’était pas après mes 10 ans et mon passage brutal au collège.

On avait donc entre 5 et 7 ans, Maïkeul et moi (c’est peut-être inexact mais je continue). J’aimais bien Maïkeul, j’aimais bien sa mère aussi, j’ai très peu vu son père, un géant le visage perdu dans sa barbe et ses cheveux. Il a dû venir une seule fois chez nous. Je crois que je l’avais assimilé à Carlos, le fils de Françoise Dolto, physiquement c’était pas vraiment ça, mais son papa devait partir vivre (ou était parti… sans sa famille en tous cas au départ) à Tahiti, et je le revois avec un bandeau dans les cheveux, je sais pas si c’est un mélange avec l’assimilation à Carlos, ou si je l’ai vraiment vu avec ce bandeau tressé de couleur, très Polynésie. Je dis ça parce que le chanteur aussi trippait pas mal îles exotiques.

Quand j’ai eu la chance d’être avec Maïkeul, on ne parlait pas de son père, je crois que c’était un sujet douloureux pour lui, et pour éluder et sortir de la mélancolie qui l’envahissait quand il pensait à son père, il utilisait son imagination. Je savais que ses parents étaient divorcés (ou allaient divorcer, ou étaient séparés mais c’était une famille brisée), mais je n’en savais pas plus. J’ai dû demander, moi le curieux à propos de ce qui m’intéresse. Ma mère n’était pas bavarde avec ses enfants, sauf pour crier, et des fois aussi faire des câlins.

L’imagination de Maïkeul était riche et il l’exprimait volontiers, il me racontait des histoires, il les inventait je pense, quand il venait dormir à la maison je lui en demandais pour influencer nos rêves, alors il me parlait de loups, et c’est tout ce dont je me souviens de ses histoires, étrangement… Des loups…

Je crois n’avoir pour ma part jamais dormi chez lui, pourtant j’aurais aimé, j’adorais Maïkeul et j’adorais sa maison, elle bordait un grand parc. C’était à un peu moins de 2 kilomètres de chez moi : difficile d’y aller seul à 7 ans, je ne connaissais pas la ville. J’avais essayé une fois en vélo et je m’étais perdu dans son quartier et les quartiers voisins. Je revois cette maison de Pierrafeu du haut de mes souvenirs. Ce sont des souvenirs visionnés par un adulte projeté dans son corps d’enfant. Tout est bien plus grand quand on est petit, on voit les choses à son niveau, plus petit. Maintenant que j’y pense la baraque était certainement décorée par sa maman, Mathurine (idem, prénom changé), je crois que le papa s’effaçait peu à peu de la belle maison, il restait encore quelques affaires à lui, rien à voir avec le reste des meubles et des décos, ça m’avait frappé, Maïkeul avait dû me montrer tout ça ou alors ma curiosité m’avait fait aller là où j’avais pas le droit d’aller.

C’est vraiment drôle que des souvenirs remontent comme ça, je revis les questionnements auxquels je peux apporter des possibilités de réponse aujourd’hui. C’est pas mal la mémoire.

Je jalousais un peu Maïkeul. Sa chambre était immense, d’ailleurs sa maison était vraiment roots et belle, un escalier en bois un peu rustique pour monter à l’étage, ça sentait bon la maison de hippie. Et mon copain avait une collection de légos, il en avait plein. Et il construisait des vaisseaux, des autres trucs, ça m’impressionnait. Je jalousais un peu Maïkeul parce que selon moi, il avait des jouets mieux que les miens. La beuhère est toujours plus verte et meilleure ailleurs. J’en avais beaucoup aussi, des jouets, mais j’avais cette impression que tout ce qui était à la mode m’était interdit. Mes parents ne voulaient pas tomber dans ce vice. Je ne dis pas qu’ils avaient tort, j’aurais juste aimé avoir plus de légos.

Je n’ai jamais eu de faux-pistolet, faux-couteau, en jouet. Aucun de ces trucs en plastique qui reproduit ou imite des objets de violence. J’aurais aussi aimé en avoir. Je pense que ce type d’éducation est tout à fait intéressante, mais lorsque un des deux parents est lui-même violent de temps à autre, le peu que ça apporte est annihilé puissance 10. Et ça ne nous a pas empêché d’avoir caché par la suite de vrais flingues chez nous. Les parents n’étaient évidemment pas au courant, sauf pendant les perquisitions. Tout remonte en surface.

J’ai perdu l’amitié de Maïkeul devant la Main Jaune à Paris. Quand nous étions des gosses, il a dû partir rejoindre son père à Tahiti, et moi partir en internat, tout ça, et il était juste de passage à Paris quand nous avons eu 16 ans. Quand nous étions gosses, nous n’allions pas dans la même école, de base. On était copains par hasard : parce que nos mamans étaient copines. Elles auraient sans doute été contentes de se mater Hair sur demande et gratuitement, comme j’ai pu faire récemment, chaque époque a ses avantages et ses inconvénients.

J’ai perdu un copain, un ami, qu’importe le nom utilisé, c’était un lien que j’avais eu avec le monde extérieur, et auquel je tenais. Ce samedi-là à Paris, Porte de Champerret, j’ai choisi délibérément la douceur d’un ou plusieurs futurs baisers qu’on allait mutuellement s’autoriser avec une ou plusieurs filles à la suite pendant les slows. Danser en même temps un slow avec plusieurs filles, c’est difficile, mais on peut changer de partenaire pendant le slow… il s’agit que la nouvelle fille invitée à danser ne t’aie pas vu te prendre un râteau trente secondes plus tôt et speede mec parce que ton slow préféré – à l’époque, Still Loving You des Scorpions – est bientôt à son apogée et va se finir dans 3 minutes, et qu’est-ce que ça peut être beau d’embrasser une nana sur cette musique, baisers que j’allais voler l’espace d’un instant dans un ballet débile mais formateur. J’avais besoin de ça. C’était la première fois de ma vie où les choses étaient faciles, et où tout était possible. Je venais d’abandonner l’école.

J’avais 16 ans merde ! J’étais jeune et beau comme tout garçon de 16 ans et j’avais la dalle, j’étais déjà avide de me défoncer, on prenait de l’air sec dans le métro, on se faisait ces petits comas express où d’un coup tout tournait noir et on perdait connaissance dans les bras d’un copain, d’une copine, dans lesquels on revenait à nous au bout de quelques secondes sans savoir où on était, en nous étonnant de voir ces autres rire en nous regardant puis prendre leurs tours… On a encore le temps d’en faire un peu il reste trois stations. Les gens autour, on ne les voyait pas, on s’en battait royalement les couilles. Y avait les copains, les filles, et moi. Rien d’autre. Ah si : les drogues qui commençaient à m’intéresser, moi le mec curieux avide de découvertes.

J’ai perdu un ami d’enfance à 16 ans. Les pierres les plus proches sont celles qu’on jette les plus loin.