A voir plus tard, Auto-Psychologie

Carpe diem

La première fois que j’ai pris conscience de l’importance de ça, c’était via la voix du professeur du film Le cercle des poètes disparus. C’était la locution latine Carpe diem. Profite du jour présent, de l’instant. Mais l’instant n’existe pas, dès qu’on en parle on vit l’instant suivant et on parle du passé. L’instant n’existe pas. C’est un fantasme. Une idée abstraite qu’on pense concrète. Quand on est dans l’instant, ça veut dire qu’on vit le laps de temps de quelques secondes, continu, qui se situe après le passé et avant le futur. Bref.

Ces quelques secondes s’étendent dès lors qu’on attend quelque chose qui va se passer dans le futur. Là on est plus dans l’instant présent, on est dans l’attente du futur, et contrairement aux autres moments lorsqu’on est dans un futur potentiel on projette, on fait des suppositions, on espère ou on sait. Mais on ne vit pas l’instant.

Pourquoi vivre l’instant ?

Il y a des fois l’instant n’est pas agréable, mais il faut passer par là, d’autres fois il est très plaisant, et la plupart du temps, il est. Il est, tout court, et c’est dénué de degré d’agréabilité, ou à 0. Stoïque. Faire des projets à deux c’est vivre l’avenir éventuel. Profite d’elle, de lui, vis tes moments à fond. Une situation, un événement, est dénué de tout l’émotionnel, et nous ajoutons ces notes. Quand on trouve par exemple, que l’allumage de la flamme des JO est un moment plein d’émotions d’appréhension, fierté, etc (émotions positives), une autre personne peut le vivre très différemment en même temps, ressentir de la colère contre ça s’il a des raisons. Donc l’allumage de la flamme olympique n’est pas un moment plaisant, c’est un moment qui est vécu différemment selon les gens.

J’ai été confronté aux limites positives de Carpe diem quand je me suis rendu compte que les mauvais moments, fallait aussi les vivre et si possible les vivre pleinement.

Qu’est-ce qu’un mauvais moment ?

Quand tu n’es pas bien. Stoïque sera classé dans bien aussi. Si tu manques de quelque chose d’essentiel, eau, sommeil, nourriture, tu ne seras pas bien. Si tu ne peux pas bouger, que tu es blessé, vraiment triste (vraiment triste = sans pouvoir zapper et vivre normalement), etc. Si tu dois passer une chatière dans des galeries sous terre, et que tu te sens oppressé, tu n’es pas bien. Si tu as faim mais que tu sais comment régler ce problème vite, là ça ne rentre pas en compte. Il faut vraiment que la situation t’oppresse pour te considérer pas bien. Quand tu as un petit coup de spleen, généralement c’est gratuit et tu vas t’accrocher à la première pensée te victimisant (personne ne m’aime, je suis seul, i.e.) mais si tu pèse le pour et le contre tu t’apercevras que dans 90% des cas tu n’as aucune raison de ne pas être bien. Donc tout va bien. Ce n’est pas encore la méthode Coué (je vais bien tout va bien même si c’est pas le cas), mais c’est pas loin, c’est une méthode disons, de relativisation.

Relativiser pour se rendre compte que tout va bien, finalement, fonctionne pour moi. Parfois, j’ai un petit coup de cafard, et je me demande pourquoi, déjà. Si je ne sais pas répondre, ou si la réponse est trop vague (parce que ça va pas en ce moment i.e.) je me force à préciser, qu’est ce qui fait en sorte que je sois amené à me tourner vers la tristesse ? La musique – souvent. La musique triste a pour chaque individu une mémoire. Mon cerveau va associer tel titre en studio, tel morceau chanté par tel chanteur, avec les souvenirs les plus forts que j’ai vécu quand j’écoutais ça. Le réécouter peut me faire revivre les souvenirs. Et souvent je cherche : personne ne m’a rien fait, je n’ai pas vécu de drame, y a pas eu de mort récemment, je pleure parce que j’aime ça. Sauf que là y a pas de source récente. Donc tout va bien… Et je retourne à mes occupations.

Donc vivre l’instant peut être difficile, mais attention, les choses que l’on ressent sont toutes à double tranchant, et sans le négatif je ne pourrais pas apprécier le positif. Cette idée je l’ai retournée dans tous les sens, je l’ai répétée, je l’ai fait mienne. C’est la dualité. L’exemple le plus parlant pour illustrer c’est la lumière et l’obscurité, sans le noir, pas de lumière, et vice versa.

Difficile ouais, quand j’étais attaché et que je voulais me gratter, j’ai repensé vite fait à ça, à Carpe diem, et je voulais m’évader de cet instant présent à ce moment là car il était des plus durs. Rien n’arrangerait la réalité, l’instant, sauf à ce qu’on me détache. Et on n’allait pas le faire. Donc Carpe diem n’est pas LA solution à tous les soucis, c’est juste un petit truc qui peut aider à apprécier des moments simples, calmes, qui durent.