Auto-Psychologie, Expériences

Paranoïaque

Si seulement c’était facile comme le dire : « prendre un nouveau départ »… J’ai si peu d’envie, si peu de courage, en fait il me manque tout. Pas motivé. Le maniaco-dépressif en phase descendante. J’aime les bruit que j’entends. J’ai l’impression d’être quelque part en sous-marin et qu’il suffise d’un outil comme ces micros à distance pour entendre une partie de ce qui se passe dans cette direction. Tout à l’heure j’ai comparé ça à entendre une radio en fond. C’est un peu ça.

Cette maison est vieille, on a parfois des surprises dans les vieilles maisons. Et ça ne m’étonnerait pas même si c’est tiré par les chevaux, qu’on entende exprès des pièces dans une pièce qui avant d’être un appartement aurait été la salle de service depuis un endroit précis. Ça aurait servi aux domestiques pour quand Madâme exige des choses de son lit.

Qu’est-ce que la paranoïa ?

S’imaginer des choses, ça on le sait tous, mais est-ce que c’est cette peur qui, vulgarisée, se résume à « on dit du mal de moi » ? Ou bien ça, plus plein d’autres comportements ? Je me demande. Quels cas de figure dans la paranoïa. J’ai peur de devenir taré. Pire, d’être en train de le devenir. Par contre j’ai vraiment la sensation de garder au moins un pied sur terre. Mais j’ai personne pour veiller sur moi dans les moments où y en a besoin. Moments comme maintenant. Je ne réclame rien, je transforme toutes les situations.

OK, alors quand j’étais gosse j’avais souvent peur. Peur qu’il se passe quelque chose de grave, que d’un coup des gens déboulent et brisent le fragile équilibre de ma famille. Ma mère essayait au départ de construire un foyer dans la douceur, mais elle s’est très vite rendu compte qu’elle n’était pas faite pour ça, pas patiente. C’était plutôt du genre on se fout sur la gueule d’abord et après on discute. Elle se plaisait à nous le raconter, tout sourire. Ça m’a toujours impressionné.

Des bribes, je n’ai que des bribes de cette enfance, et quasiment aucune de celle de mes parents, pourtant ça m’aurait plu. Qu’importe. Je continue :

J’avais peur donc, lorsque j’étais seul. Souvent. Y a même eu des périodes où le claquement d’une portière de voiture, dehors alors que j’étais tranquille dans ma piaule, me rendait nerveux. Parfois j’essaye de croire que je ne suis pas parano, mais ça fonctionne jusqu’à ce que je lâche prise. En fait la parano c’est plus enfoncé que ça, que la simple croyance qu’untel dit ceci ou cela, c’est parfois carrément tous les éléments, le destin, l’univers et Macron, tout est contre toi.

Bon mais c’est bien beau tout ça, moi j’ai pas encore répondu à ma question première et d’ailleurs je ne l’ai même pas encore formulée. C’est parce que c’est difficile à dire. J’ai pas envie de partir dans une longue phrase alambiquée pour dire un truc simple : peut-on être parano de manière positive ? Si tu crois que quelqu’un te fait des éloges par exemple… es-tu paranoïaque ?

Quand j’étais gosse, une fois je regardais une émission de merde pour enfants attardés et les comédiens ont commencé à faire des suppositions stupides, des trucs impossibles. Ensuite ils partaient du principe que c’était vrai et continuaient, et ainsi de suite en se faisant un vrai film, pour le coup. J’avais trouvé ça vachement con, de faire ça, et j’étais loin de me douter que je le faisais déjà, mais tellement subtilement qu’il m’a fallu plus de 30 ans pour enfin m’en rendre compte.

La personne paranoïaque se fait des films, tire des plans sur la comète, et à un niveau élevé de parano, elle est souvent persuadée que les flics l’ont mise sur écoute. Pour n’importe qui ce ne serait qu’une simple possibilité, une supposition mais elle lui paraît tellement évidente qu’elle ne peut qu’être vraie. Bref… Le paranoïaque se ment, et ment aux autres aussi, inconsciemment. Le parano est un usurpateur. Il m’a fallu plus de 30 ans avant de m’intéresser de plus près à ça, pour découvrir un truc bateau sur moi, un truc qui m’aurait bien aidé dans la vie si je l’avais su avant. Pour s’attaquer à un trait nocif de sa personnalité, il faut d’abord repérer la chose. La sentir. La connaître. T’as pas développement personnel plus personnel, c’est la base, mais je dois avouer quelque chose : pour les gens comme moi, ça ne fonctionne pas. Ou alors c’est bien plus lent et plein de pièges ostentatoires.

Oui, enfin non, travailler sur moi réduit juste le nombre de problèmes personnels à l’essentiel, ça réduit les risques et ça limite les dégâts. Ça permet d’éviter qu’un problème se reproduise, enfin ça dépend des fois.

Bon je dois dire un truc, mais ça va sembler dingue… Je me souviens qu’un été, le jour d’une fête nationale où pétards éclataient et bouteilles cassaient, j’avais pris de la coaïne, et je me suis fait une session carabinée pour la terminer (la coke, finir mon assiette) et alors en montée j’entendais de la musique alors que je n’en écoutais pas, comme en fond sonore très lointain. J’ai mis ça sur le compte de la parano. Mais cette année, ça recommence, mais ce coup j’arrive à identifier parfois d’où ça vient. La cocaïne à hautes doses modifie les sons, ils peuvent devenir voix. Un bruit de pas devient voix. Le vent dans les arbres. Tout.

Je refuse de croire à des conneries que mon cerveau invente, ce qui fait que ce désagrément je l’ai rangé dans la case parano, mais j’ai réfléchi et à un moment, je me suis dit que c’était peut-être des ondes radios. Je sais c’est super con, mais bon… Soit. Alors comment je pourrais les capter ? Là je tournais la tête et selon l’angle visé j’entendais différents trucs. Les ondes c’est carrément abusé comme supposition. Mais je reste assez sûr que le cerveau recèle de petites merveilles ignorées, et que pour les activer temporairement, il y a peut-être des boutons. Et ces boutons pourraient être des drogues.

Je suis quelqu’un de bien intentionné (t’as que ma parole pour vérifier) alors j’irais pas utiliser un pouvoir quelconque pour faire le mal autour de moi. Mais il est possible que nous ayons tous et toutes tout ce qu’il faut pour développer des capacités telles qu’une acuité auditive tellement puissante qu’elle traverserait les murs. C’est assez marrant et perturbant, selon le degré vers lequel je tourne ma tête, il y a des voix, le plus souvent elles sont calmes, ce sont surtout des voix de femmes, elles ont l’air apaisées. Comme je mets souvent de la musique pour couvrir (ce qui fonctionne moyennement), je ne comprends pas les discours, précisément, mais je pourrais… Mais je n’en ai aucune envie. Je ne sais pas ce que sont ces voix, ça ressemble à des couples, en train de discuter calmement dans des canapés ou au lit. Paranoïa ? Elles ne me veulent rien de mal. Je pense même que si ce sont des vraies voix, elles n’ont pas conscience que je les entends.

Je reviens sur ma question de paranoïa positive ou neutre. Que si c’est neutre ou positif on entrait dans un autre cadre de trouble psychologique moins gênant. Et là je pense avoir probablement tort : l’intention dans la construction mentale paranoïaque n’entre peut-être pas en compte… Si l’intention entre en jeu, alors la plupart des gens qui prennent des hallucinogènes pratiquent la parano, mais positivement (mais paranoïaque quand même, on se sent moins seul…). On appelle ça triper, mais un autre mot serait paranoïer. Cependant il est dit que la personne paranoïaque a un sentiment fort de persécution. Et dans ce type de cas y en a pas.

Alors prenons la chose à l’envers. Il pourra avoir des délires lui faisant croire que tout le monde l’aime à outrance, si le cerveau humain est capable d’aller faire croire à la conscience qu’elle est persécutée, elle peut j’imagine, faire en sorte, par ex. pour un chanteur, de lui faire croire qu’il est adulé de partout (alors que ce n’est pas le cas). Je suppose que ce serait plus rare mais possible. Y a-t-il eu des artistes vraiment détestés ? Je ne parle pas ici d’indifférence. On peut penser à Bertrand Cantat, de Noir Désir, le chanteur ténébreux qui a tué Marie Trintignant et qui a fait face ensuite à un déferlement de haine de la part de fans de Marie tout d’abord, et puis de diverses personnes dont des militants féministes à cause de la violence du geste, etc. Il a eu aussi beaucoup de soutiens, il était détesté à cette époque, mais pas de tous. 15 millions de haineux contre trois fans à toute épreuve dont la maman du type, ça passe. Tous, c’est tout le monde le connaissant d’avant et ayant eu vent de l’affaire.

Cette question n’a pas vraiment de réponse. On trouvera toujours quelqu’un pour venir mettre son grain de sel gris dans la salière pleine de grains blancs, et tant mieux, nous vivons donc dans un monde ouvert et diversifié ! On trouve même des platistes (la terre est plate on nous ment). Des récentistes (1000 ans du moyen-âge n’existent tout simplement pas, ça a été monté de toutes pièces et ajouté pour la postérité française, et aussi pour faire passer les rois pour des salauds, on nous ment). Quoi d’autre ? Bon les complotistes, qui n’ont pas toujours tort de penser qu’« on nous ment ! » et qu’« ils nous volent notre travail » ! (South Park). Enfin dès que y a un truc farfelu à revendiquer tu trouves toujours des zozos pour le revendiquer. Et d’autres lulus pour les suivre (Sylvain Durif inside).

Bon mais moi j’avance mine de rien. Je suis paranoïaque et ces derniers temps c’est allé au-delà de ce que je peux supporter, avec moi-même, pour moi, pour mon bonheur disons.