Littératures

Spun

C’est de la pure consommation… Après être devenu ou devenant ce que j’ai toujours détesté : un consommateur, je n’en suis plus à me demander : si je fais ceci, quel océan ça va saloper ou quelle partie de la couche d’ozone ça va bouffer, quelle espèce ça va achever d’éteindre, quel avenir ça va promettre à mes enfants, je me le suis longtemps demandé pourtant, et puis comme j’ai abandonné l’idée d’avoir des enfants, (surtout pas toi alala t’es un cassosse) je vais te dire, égoïstement je finis par m’en foutre !

Tu vois, y a plusieurs étapes dans une descente aux enfers, on peut décider, pour X raison par exemple à cause des coups de la vie empilés les uns sur les autres qui viennent laminer et détruire un être, on peut donc décider de dédier dorénavant sa vie aux drogues. On peut. Y en a qui l’ont fait, y en a qui le font, d’autres qui y réfléchissent. Mais y a rien d’original là-dedans, c’est vieux comme le monde, se détruire parce qu’on a perdu quelque chose, l’espoir par exemple, tant qu’on garde le sens de l’humour ça va… Mais on peut aller beaucoup plus loin dans la destruction de soi : se délester petit à petit de toutes les convictions qu’on a eu pour finir par ne plus être que l’essentiel de soi, avant de disparaître dans l’oubli (les amis on peut les supprimer aussi, suffit de s’en faire détester) le plus total. Bon, les convictions, on ne peut pas vraiment les supprimer, parce qu’elles sont le résultat de constructions mentales complexes. En revanche, on peut les bafouer en toute conscience et connaissance de cause jusqu’à s’oublier totalement. Devenir un salaud ? Oui tout à fait. C’est à peu près ça. Ou plutôt assumer les parties salopes de soi, en les exploitant.

Pour ma part ça a commencé avec la voiture et l’essence. Me servir de ma voiture, de mon scooter c’est polluer en toute conscience en me donnant des excuses de merde pour avoir droit de le faire comme tout le monde : comment je fais pour aller travailler (travaille sur toi, travaille chez toi), comment pour les courses (passe-toi du système, élève et fait pousser ce que tu veux manger), comment je f…TA GUEULE Fais ou ferme-la.

Oh bien entendu, toi tu n’en es pas là. Ou mieux, toi tu as un vrai prétexte, une nécessité absolue. Ou un arrangement solide avec la réalité pour avoir le droit de le faire, tu sais ? De bafouer ta propre conviction. Parce que toi et je le conçois humblement (ouais ouais pour l’humilité on repassera), tu vis proprement. Et comme je t’envie. Mais rassure toi, on est tous comme ça, je cherchais juste à te faire culpabiliser… Je fais bien le salaud non ? Je m’entraîne, c’est pour ça.

Spun… Ce film m’avait échappé. Le regarder comme ça, ouais, c’est de la pure consommation. Bien qu’il soit de 2002 il ne m’a fallu (sans google) que 10 minutes avant d’en trouver une version en français en streaming sur Uptobox. Je mets pas ce type de lien ici, ça les fait tilter plus vite de se retrouver partout. Surtout pour ce type de littérature. C’est plutôt du « fais comme moi » : cherche et trouve. D’ailleurs, t’auras pas à chercher bien loin, il est en VO sur Youtube, ce qui montre un certain degré de facil…(gnagnagna… ta gueule).

Digne d’un Requiem for a dream, s’en est inspiré sans nul doute, sorti deux ans plus tard… j’ai nommé Spun.