Auto-Psychologie, Mini fictions

Quel est le problème docteur ?

Billet classé dans les fictions à cause de la fin, donc pour la fiction c’est juste avant la légende. C’est dû au hasard si elle est là, je n’ai jamais vécu ce que je raconte, bien que pas loin. Je suis parti en fiction sans réfléchir et l’ai continuée avec plaisir et toujours sans réfléchir.

Certaines priorités ont été revues dans mon organisation personnelle du bien et du mal. Cela dit, quelques uns de mes propos, mal interprétés ou pris trop au pied de la lettre, pourraient laisser penser que j’ai dépassé la limite de ce qui est globalement acceptable. En fait il faut voir ça autrement. Parce qu’il y a des changements que j’ai voulu qui pourront prendre racine en moi, et d’autres non, ces autres sont ceux les moins faits pour moi et ils ne seront même pas tentés, et forcément zappés et tant pis (ou tant mieux). Et non je ne deviens pas, et ne deviendrai pas raciste anti-asiat’ (certainement pas!) ni juste faf parce que je lis les bandes dessinées de Marsault et que le cher Marsault (au bout du lien une erreur, une waff n’est pas tume-cou), je me souviens, se défendait d’être raciste, sur facebook, y a 2 ou 3 (ou plus) ans, le contenu de ses albums ne laisse aucun doute : faf ou tellement provo sur le sujet qu’il a dû se perdre, et à mon avis il l’est, il l’a toujours été et c’est relativement assumé, sauf pour son image publique qui veut gratter des lecteurs pas à droite. Un lecteur amusé par certaines de ses planches est à coup sûr raciste. J’aime bien son coup de crayon et heureusement que y en a pas sur chaque page, des trucs rappelant la liaison entre Marsault et les fachos. Je suis un peu déçu mais pas étonné finalement de découvrir ça. Je le pensais plus cool idéologiquement.

Alors moi personnellement en ce moment, non content de l’isolement, que j’ai souhaité pourtant, que je vis et non subis, je cherche à me délester de convictions, certes. C’est vrai. Mais en faisant ça je tente de me faire évoluer intellectuellement dans un sens qui serait plutôt régression qu’évolution. Et bah tu sais quoi ? Ça ne fonctionne pas comme ça chez moi. Je vais t’identifier clairement mon intention aussi pathétique qu’elle soit : vengeance par autodestruction (régression). Vengeance de quoi ? Intéressant. Vengeance de quoi ?? De qui ?

D’immenses montagnes ont poussées, mais basées sur rien ou si peu, un sentiment de persécution entre autre, et c’est là que ma partie construction mentale paranoïaque montre quelques unes de ses ramifications. Une montagne prend ses racines dans la parano, mais reste un mélange de plein de choses, dont des faits pas encore expliqués, ni interprétés. Par exemple un ressentiment reste en fond, un par histoire d’amour qui a duré, mais brisée trop tôt à mon goût – il fait un temps à ne pas être un-e ex à moi ! Je plaisantais ici : je n’ai pas de haine pour mes ex, j’en ai eu pour certaines à des moments précis post-rupture, mais d’une ça n’a donné aucun acte, je passe rarement à l’acte, et de deux ça s’estompe très vite, avec le temps (très vite, ça dépend, ça peut rester des années avant de foutre le camp) ce type de réaction, par contre c’est extrême. Le ressentiment est dirigé contre moi puisque je suis un acteur de l’histoire triste, contre la terre entière car la théorie du chaos, la théorie du chaos… et contre la nana, mais cette dernière colère ne s’exprime qu’au tout début, quand la rupture est fraiche. Elle résulte en des tentatives de récupérer la nana perdue, mais c’est tellement désespéré et motivé par cette dépendance que chaque fois c’est en vain. Magouilles tournées en raisons évidentes et tellement logiques que tu ne peux que revenir vois-tu ? Et bien sûr, ça n’a jamais fonctionné. Bon, en tous cas la résignation à une idée, que c’est fini et que l’autre est possiblement en train de démarrer une nouvelle love story aussi magique voire plus qu’avec toi, si on peut y penser sans pincement au coeur, alors là c’est bon. Mais il se peut que tout n’ait pas été nettoyé à fond, et s’il reste un peu de colère ou d’incompréhension, sentiment d’abandon, etc, des émotions encore actives, alors ça peut remonter, se maintenir, encore un moment. Quel intérêt ? Elle… Et elle c’est tout, enfin bref, on est pas prêt à faire une croix sur quelqu’un qu’on a placé au centre de sa vie. Isabelle Padovani a fait une super vidéo là-dessus. Je te et me la mets, Isabelle c’est super positif, une vidéo d’elle, même plusieurs en off, ça peut faire du bien, elle pratique l’humour et ça me fait souvent sourire, utile en ces temps. Elle est pleine d’une énergie si impressionnante, si positive même quand elle parle de choses négatives. Quand on discoure des fois on doit faire mention de trucs pas cool, la joie est livrée avec son opposé, qui est euuh, la tristesse ? Pas sûr. La souffrance d’un côté la jouissance de l’autre, c’est idem. Pour jouir convenablement – ta gueule t’arrêtes pas d’en causer comme si c’était le graal, tu fais chier

Donc sentiment de persécution, histoires d’amour avortées, et quoi d’autre ? Ma situation précaire dont je rejette facilement la faute sur le système, alors que c’est quelque chose que je choisis à partir du moment où je dis que je ne souhaite pas, plus, travailler (pour ne parler que de ça). C’est une vengeance sur la vie et ses aléas, puérile car perpétrée par la victime, sur la victime.

Le sentiment de persécution, j’ai l’impression de le contrôler. Je l’ai par exemple lorsque je revendique faire partie d’une minorité – une dont les individus préfèrent généralement garder publiquement secret le fait qu’ils en font partie (puis choisir ensuite à qui ou pas divulguer l’information) : la minorité des injecteurs de drogues pour raisons récréatives. Les raisons récréatives de prendre des opiacés deviennent vite un besoin, le manque agissant physiquement sur l’individu le pousse à palier à ce problème. L’état de défonce baisse d’intensité, et devient l’état normal (l’état de manque est pénible).

Ce sentiment de persécution tire sa source dans l’enfance, mais concernant la toxicomanie, il part de peu de choses : une période où il était flagrant que je consommais, j’avais alors des passages répétés quotidiens dans les quartiers de Paris où on pouvait acheter dans la rue, et je me faisais souvent emmener au comiko (P), lieux où on ne m’a pas toujours montré du mépris d’ailleurs. Rarement même, et c’était le fait de quelques éléments policiers nocifs. Mais les fois où je me suis senti vraiment mal en présence de l’autorité m’ont marquées.

Ma culture punk aidant, mes origines banlieusardes, j’ai nourri assez tôt un ressentiment contre la police. Y sont associés toutes les personnes honnêtes par souci de respect des lois, mêmes les plus stupides, qui dépendent des flics, et aussi tous les corps de métier qui sont associés à eux. Donc les gens que j’appelle parfois, sans pouvoir d’ailleurs bien en définir les limites, les bourgeois. Et pour les métiers, ceux du juridique, avocats, juges, procureurs, etc car ils ne les défendent pas de manière aussi impartiale que les autres. Les métiers de la politique, ministre, préfet, sans besoin de raison particulière, mais le premier policier de France est quasiment à la tête du pays. Ceux de la finance qui sont intimement liés aux derniers, comment ne pas nourrir de haine contre tout ça ? Et je n’ai parlé que de la surface, les premiers qui me viennent à l’esprit. Mais je m’éloigne, je ne veux pas plaider pour la contestation du système mais identifier la masse contre laquelle je me venge en me détruisant, ce qui est vraiment improductif et bête.

J’ai dû me faire traiter à peine 3-4 fois de sale tox, et ça a généré une forme de sentiment d’appartenance, à un club fermé et qui a vraiment une sale réputation, un club de bad boys et de bad girls, dont semble-t-il personne n’a envie de faire partie. Pourtant, parfois si. Et on se complaît vite dans ce qu’on fait quand ce qu’on fait est borderline. Près du bord, de la brèche, mais avant de le faire et de passer ce cap de funambule, on a probablement soi-même été fasciné par au moins une de ces personnes injectrices.

Il y a aussi des gens qui ont des idées fixes tout en sachant pertinemment la nocivité de ces idées. J’ai vu ça. Idée fixe depuis l’enfance : se shooter. « Bel avenir… » est la réaction type sarcastique qu’on en retient dans l’inconscient collectif. Car se shooter ne peut pas être un loisir comme fumer une clope, l’injecteur a tendance à faire tourner sa vie autour du produit, et du rituel du shoot. Et c’est vrai, mais c’est le résultat de la prohibition qui complique les choses pour se procurer les produits, ce qui augmente aussi le stress chez les consommateurs qui doivent parfois multiplier les astuces pour accéder à leur loisir. Les prix élevés jouent aussi, les accros les plus pauvres passent leur temps à réunir à peine de quoi se défoncer et se contentent souvent de camisoles chimiques proposées par la médecine.

Quoi que j’en dise, on devient vite obsédé par le produit qu’on aime plus que les autres. Et c’est un fait, c’est l’addiction. Sans prohibition, est-ce que ça changerait quelque chose ? Je ne saurais pas répondre. Faudrait demander à une personne Suisse qui reçoit un traitement d’héroïne médicalisée tous les jours. Et la Suisse reste quand même un lieu où sont prohibées héroïne etc. Ça ne répondrait à la question que pour les injecteurs d’opiacés. L’addiction fonctionne différemment selon ce a quoi elle est liée, la légalité joue un rôle dans la gestion de cette addiction au quotidien, mais beaucoup d’autres facteurs entrent en jeu.

La gestion de l’addiction au quotidien… Comme c’est bien dit… elle peut être envahissante au point de prendre toute la place, ou être vécue bien plus facilement, comme un soin quotidien, avec toute une palette de nuances entre les deux. Lorsqu’on est sous méthadone et qu’on prend sérieusement son traitement (sans les fameux extras), il devient alors accessoire et on peut utiliser son temps pour plein d’autres choses. La prise de méthadone (sirop ou gélules) n’impliquant pas l’usage de seringue est sans aucun doute moins obsédante. Le rituel est plus accepté on va dire, aussi. Moins abusé. La prise d’un médicament par voie orale, per os, n’isole pas.

Ouais j’aime bien me la péter et utiliser des termes scientifiques, médicaux. Et je fais mon expert là, mais ce n’est qu’une diversion. Il y a tout un monde duquel je me suis exclu, d’autant plus oppressant que ce monde est un acteur clé dans une construction mentale tantôt paranoïaque et insensée tantôt sensée. Et ils ne manquent pas, les prétextes pour continuer de s’en exclure. C’est une exclusion volontaire, due au départ à un sentiment, lui justifié, d’exclusion quand j’étais gosse à l’école, et à l’adolescence au collège. Ensuite je fus autorisé à franchir toutes les portes de toute choses. A l’époque de mon enfance/ado, je n’avais pas accès niveau pratique et compréhension, au monde de jeux, puis de popularité, bonne ou mauvaise réputation, le monde des enfants avec tout ce qu’il implique, ce monde que construisaient mes camarades. Alors au lieu de sagement attendre le moment où on daignerait m’autoriser à comme tout le monde partager des choses avec les autres, j’ai décidé très tôt que ça ne m’intéressait pas et que ça ne m’intéresserai jamais. Je n’entrerai pas dedans. Le rejet ça reste et ça donne de la haine.

J’en veux à plein de gens, d’avoir participé au truc, ou de n’avoir rien fait par exemple pour les adultes censés empêcher la violence entre enfants. Je ne comprenais pas, et ça me révoltait, que des adultes censés avoir un rôle d’éducateurs, d’arbitres aussi (les adultes à l’école peuvent trancher là où les enfants n’ont pas ce pouvoir), laissaient faire les petites saloperies que les enfants dans leur grande innocence se font entre eux. Je me retrouvais souvent la risée de l’école et sans doute que d’autres enfants y passaient aussi, mais j’étais tellement obnubilé par ma condition, attristé et dans l’incompréhension totale, que je ne le voyais pas, je ne voyais que moi. Il faut comprendre, j’étais très impulsif, j’insultais facilement protégé par le grillage, d’autres jeunes plus vieux que moi, collégiens, et à la sortie ils m’attendaient, logique. Violence. A la maison, c’était difficile, il y avait de la violence parfois. Ma mère ne s’en sortait pas et avait opté pour des réaction évolutives, de plus en plus violentes en fonction de mon âge. Elle n’est pas à blâmer, surtout pas ! Elle subissait aussi.

Ma vengeance sur moi-même n’ennuie que des personnes qui n’ont rien à voir avec mon histoire passée, mon enfance, des proches d’aujourd’hui. Agir ainsi est puéril en plus d’être destructif, je le sais bien, je tente de perdre cette habitude mais c’est difficile. Rien d’impossible. Mais l’habitude est devenue mécanique, et je ne peux déceler les prémisses de ce type de réaction qu’une fois devant le fait accompli. Je dois apprendre à le voir avant. A en déjouer les pièges.

Bref je vais conclure (c’est ça, on va dire que le billet s’arrête là, tout ce qui suit est superflu mais bon je vais le laisser s’exprimer j’ai l’impression qu’il en a super envie…) car j’entame la 3e page là sur mon logiciel de traitement de texte. Et j’ai envie de passer à autre chose. Dessin, rimes… Aujourd’hui en parlant de rimes j’ai écouté les morceaux disponibles sur YT du dernier projet de Casey la rappeuse. Ausgang, groupe de fusion, et c’est de la fusion avec le parler de Casey. Comme elle l’avait laissé entendre dans une conférence, elle a réalisé collectivement le 2e projet de fusion rock/rap. La fusion rock/rap était un style en vogue dans les années 90, les milieux du rap de du hard rock s’opposant souvent surtout au niveau des auditeurs, le rap descendait des cités et était écouté surtout par des jeunes des cités, et le rock touchait davantage des gens provenant des classes moyennes. J’ai réalisé ça récemment. Et donc il y a eu une volonté de la part d’artistes de réconcilier les deux courants culturels, on vit apparaître des mélanges des deux. Les chanteurs commençaient à rapper des couplets entiers. Des groupes avaient plusieurs chanteurs qui avaient chacun leur spécialité (chant/rap). Silmarils s’est illustré là-dedans, prenant le train en marche, celui conduit par Ice T et Ernie C à la gratte, via ses albums de fusion (Body Count) en 1994. Les Beastie Boys avaient aussi posé des bases. Noone is innocent en France aussi avaient marqué les esprits avec leur chanson antiraciste « la peau ». Il faut dire que ces deux milieux, rap/rock étaient souvent pleins de haine pour l’autre. Dans le milieu du hard rock, ce qui n’était pas majoritaire, du racisme à noter. Hormis les groupes skin heads de type RIC (Rock identitaire français) et RAC (rock anticommuniste) – musique oï politisée et parfois apolitique non raciste – il n’y avait quasiment pas de racisme dans la musique française populaire. Les styles RIC et RAC étaient marginaux.

Il faut bien comprendre le contexte de l’époque : d’une société où le racisme Blanc contre tout immigré était très présent, on évoluait vers une société mixte où le racisme est mal vu. Celle d’aujourd’hui avec toutes ses spécificités et ses incohérences (comme le fait que l’islamophobie n’est pas traitée au même titre que l’antisémitisme, bien plus sévèrement condamné). Celle de l’époque était carrément injuste et il ne faisait pas bon être typé, ça a donné la Marche pour l’égalité et contre le racisme qui a pris racine en 1983 initiative d’un seul homme, par exemple. Je dis par exemple parce que j’ignore le reste, j’ai découvert ça par le film La Marche [ext. IMDB] qui raconte l’histoire 30 ans après (2013), et tant mieux car ça permet aux gens comme moi d’avoir vent de cette manifestation. Le rôle du marcheur : Tewfik Jallab, et fait qui m’a plu aussi, on a Jamel Debbouze dans le rôle d’un mec un peu casse couilles si je me souviens bien, mais un qui marche, Hassan.

Je me souviens encore du badge qui a précédé l’apparition et la mode des pins, estampillé « touche pas à mon pote ». Le pote en question était généralement soit né en France de parents immigrés Africains, soit né au bled et ayant grandi en France. Cette campagne de SOS Racisme a touché tout le monde, dans les cours de récréation je voyais plein de ces badges. Je pense que cette campagne a été responsable en partie d’un élan de tolérance envers les étrangers, tout allait dans ce sens : on devait bien traiter les immigrés. Car le constat était flippant : la France était raciste. C’était certainement difficile pour les jeunes Noirs et les jeunes Arabes, et je dis certainement car j’étais trop jeune pour avoir fait autre chose que considérer le badge comme une mode, mais pas de ça chez nous ! On ne cédait pas aux modes dans mon foyer, même les modes très socialistes. Moi, la tolérance envers tout le monde était dans mon éducation. Ce détail a changé plus tard, et a encore changé pour retourner vers une tolérance totale envers les étrangers et leurs enfants, et une intolérance totale pour les racistes. On avait un copain né au Cameroun si ma mémoire est bonne, qu’on surnommait Popote. Nous devions avoir dans les 6-8 ans, Popote avait un accent Africain, un peu de mal à parler, mais suffisamment débrouillard pour apprendre la langue sans cours supplémentaires. C’était notre super copain avec mon frère. Je ne sais pas si c’était volontaire de la part de ma mère mais les copains qu’on avait à cet âge étaient tous d’origine Africaine. Ma mère avait une dent contre les Arabes, mais aimait suffisamment (n’avait rien contre leur présence disons – sans doute studieuse et au courant des 400 ans d’esclavages, je ne sais pas) les Noirs pour s’être mis en couple une fois avec un Noir (histoire de famille). Mes grands-parents étaient racistes, des Bourgeois qui vivaient aisément, et il me semble avoir entendu de la bouche de ma génitrice qu’elle avait fait ça surtout pour emmerder son père ou sa mère (ou les deux). Mais par la suite, on a eu un beau-père raciste. Il détestait les Noirs mais appréciait les Arabes, l’inverse de ma mère. Débats sans fin et de sourds, à table, remarques racistes de ma mère pour les arabes, elle n’aimait pas la langue, l’accent, le type très large du maghrébin de base.

Après y a eu un retour des Yoyos, des jouets divers, et les images à coller dans les albums, mais on avait encore, pour beaucoup, des billes. Mais les modes c’était les modes… Quand une mode sévissait, tu le voyais, toute la cour de récréation était aux couleurs de ladite mode. Sauf moi !

Bon, précision, à l’époque ça travaillait aussi chez nous contre le racisme et ma mère se faisait violence en laissant un de nos copains Macocain venir jouer à la maison. Mon frère et moi avions des copains de toutes origines. Deux supers copains avaient tendance à venir souvent, un Marocain et un Noir d’Afrique genre Mali ou Cameroun, je sais plus. Mes parents même si ça menaçait de rompre, étaient encore ensemble. Or, mon père était un pur socialiste. La France était accessoirement depuis environ 20 ans pour l’immigration sur un territoire à tendance chauvin. Donc arrivées de personnes souhaitant travailler en France, mais fait important : à qui on a dit de venir ! A qui on a promis la lune comme un politicien sait le faire, sans prévoir ce qui allait se passer comme les politiciens savent si bien faire également (oublier de prévoir les conséquences). Les politiciens en place ont fait ça. Et puis ils ont revu leur urbanisme, faut bien les mettre quelque part tous ces gens… Une maison ça coûte bonbon. Alors ils ont construit autour des grandes villes, d’immenses cités prometteuses de bonheur et d’harmonie entre les immigrés et les français (souvent racistes donc). Les entreprises ont besoin de main d’œuvre bon marché, nous sommes alors à l’époque post-guerre mondiale #2, baby-boom etc. Relance de l’industrie, besoin de plus de bras et pour des tâches ingrates. L’industrie prend un chemin plus cadré, axé surtout sur les grosses têtes et l’écart entre les salaires des ouvrier et des cadres s’étend. Le Français ne souhaite plus s’emmerder à travailler pour un salaire de merde, qui plus est à faire quelque chose de répétitif, chiant, peu gratifiant, alors selon le métier des places peuvent être prisées ou vacantes. Seulement avec un peuple français raciste en majorité, car beaucoup l’étaient carrément mécaniquement, vu que ce n’était pas encore considéré comme nuisible, le racisme coulait, hélas, de source, il était normal que chacun aie ses têtes tels mon beau-père qui reprochait aux Noirs d’être fainéants et ma mère qui elle, fonctionnait plus au feeling, l’odeur des gens, le type de faciès, l’accent, la façon de s’exprimer, elle détestait tout ça. Dommage.

Une chose : souvent lorsque une personne arabophone parle, les hommes disons provenant des classes populaires, j’entends de l’agressivité. Comme un militaire qui donnerait des ordres. Je ne connais pas l’Arabe ou trop peu. J’ai l’impression qu’il se doit, pour le parler, de s’imposer à l’autre en articulant chaque syllabe, les mains et le reste du corps bouge, langage corporel, verbal et non verbal. Aussi, des sons de cette langue, le H (ﻉ, ça s’appelle aïne on le voit souvent écrit 3 sur le net), se prononce en raclant la gorge – pour les français qui ont fréquenté des Arabes musulmans, ce mot revient souvent : le 3alouf (le cochon), il commence par ce son. Ça peut paraître agressif pour un profane. Mais j’ai entendu aussi (dans un film) une femme parler l’Arabe (maintenant que j’y pense car la maman du copain Arabe dont j’ai parlé plus haut avait un certain bagou mais étant à la tête d’un cheptel de 5-6-7 enfants elle parlait vite et elle hurlait). Et avec une voix douce, qui cherche le moins possible à racler les 3, c’est d’une beauté…

Donc je pense que mon ressenti qui a mené à l’idée que la langue Arabe est une langue dure qui se parle de manière agressive, se base sur les quelques discussions passionnées que j’ai vu se dérouler parfois, sur un quai de gare, chez un copain, dans des films La Haine-like, donc en Arabe pur et dur. Si ma pensée erronée à propos de ça se base sur un ressenti, ça sera difficile de rectifier et de changer d’idée. L’Arabe est une superbe langue comme toute langue quand on s’attarde à écouter parler les gens. La position d’un profane qui écoute et tente selon le ton de la discussion, les gestes, la gentillesse ou l’animosité des interlocuteurs, de comprendre déjà le thème, puis les positions des parleurs, ça m’intéresse. A la Réunion ils appellent ça Zoreils. Ce sont les gens qui ne parlent pas Créole et qui tendent l’oreille pour tenter de comprendre tout de même, en s’aidant des mots communs à leur langue que le natif réunionnais prononce. Mais c’est pas gentil. C’est pour se moquer.

Mais il a fallu du temps et beaucoup de faits divers, faits marquants pas si divers, des actes choquant, pour que le Français chauvin évolue vers le Français ouvert à la différence. Et il y a eu à coup sûr de la violence perpétrée sur les immigrés, outre les insultes quotidiennes qu’ont dû longtemps supporter les premiers immigrés, mais aussi leurs familles, au boulot, à l’école, au magasin, etc. Il y a eu beaucoup de choses pas nettes, je n’en connais que peu (tant mieux c’est dur de savoir ce type de choses). Par exemple, l’affaire des « enfants de la Creuse », sombre histoire de déportation massive d’enfants des îles à qui on promettait la lune. Ils devaient aller repeupler les départements comme la Creuse.

Les enfants de la Creuse

Quelle affaire ! Les enfants étaient choisis en fonction de leur statut familial, priorité aux orphelins, abandonnés, etc. Ils ne manqueront à personne après leur envoi sur le continent. Les Caraïbes ont été une terre de ressources aussi bien matérielles qu’humaines.

Ces gamins finissaient adoptés pour les plus chanceux, exploités sur place pour les moins beaux. Voire serviteurs chez des Blancs, j’ai pu voir un reportage d’époque, des filles suivaient des cours pour être bonnes à tout faire, femmes de ménage, quel avenir prometteur ! C’est un genre de mise à dispo très pratique d’un stock de gamins, pour les parents en recherche d’exotisme ou de main d’œuvre de maison, d’esclaves mineurs, en France, les mineurs travailleurs étaient dans une situation qui ne leur permettait pas de discuter puisqu’ils étaient hors-la-loi, et que les payer normalement avec fiche de paye etc, serait pour un patron avouer qu’il a fait bosser un enfant.

Si je n’étais pas venu vivre en Creuse je n’aurais jamais eu vent de cette sombre affaire. J’ai entendu parler de ça parce que j’ai voulu connaître un peu l’histoire du département. Au moins la survoler… Par hasard donc. Le côté On est pas fier de ça donc on va le taire quitte à le supprimer des programmes scolaires quand il y est de la France, refusant souvent d’assumer des saloperies perpétrées sur des étrangers, ou simplement sur des Noirs Français, montre bien le degré de mépris avec lequel tous sont considérés. J’assimile les étrangers très facilement avec des Français, mais les Noirs en partie proviennent d’îles françaises… Si le Français est Blanc historiquement, les choses évoluent et le Sud-Africain est Noir historiquement, pourtant ce sont des Blancs qui tirent les ficelles là-bas.

J’ai tellement de colère, et littéralement de haine aussi, à propos, contre, beaucoup de faits, et aussi pour des acteurs de ces faits. Un fait est un événement qui s’est déroulé, c’est une chose établie. Un fait marquant, c’est différent selon la personne marquée, c’est un truc qu’on n’oublie pas. Un fait dérangeant, c’est ton voisin qui retire ses groles. Ou pour un mec lambda rentrant du travail qui va casser les couilles (quand il en a, lui) au tox qui s’est à peine caché pour se faire son fix, l’urgence l’ayant poussé à outrepasser des règles (dont la 1ère devrait être : un minimum d’intimité, pas devant les gens) qu’il s’impose. L’urgence ? « Un shoot ou je me chie dessus ». Mais bon, là ça part d’une bonne intention, cassage de couilles mais sans haine, d’ailleurs si ça se trouve il est cool le mec…

Attends ce mec a eu le courage après t’avoir vu te cacher vainement en te perçant le bras, de se lever, de venir vers toi, de te parler, tout ça alors qu’il n’aime pas le shoot, de s’intéresser à ta vie même, un instant certes, mais il a fait tout ça, pour te dire de ne pas faire ce que tu ne fais jamais en règle générale et que là, exceptionnellement (tu t’arrangeras pour ne plus jamais être malade dans le train du retour) tu l’as fait, fébrile… L’effet léger de l’héro injectée t’aide à être social, le thème de départ (t’engueuler) est saoulant mais la conversation qui s’en suit est géniale. En fait, ce mec là, il a galéré dans sa vie, beaucoup. Son aversion pour les shootés vient d’un mort dans sa famille. Un proche, trop proche. « C’est souvent comme ça », tu lui dis. Tu ajoutes « Y a des gens qui sont totalement fermés sur le sujet parce qu’ils ont vu quelqu’un qu’ils aimaient progressivement régresser physiquement et mentalement, et finalement mourir seul, ils s’en veulent parce qu’ils n’ont pas pu faire grand chose vu que le désaccord sur le sujet principal fausse toutes les conversations. » Et il t’écoute, semblant étonné. Tu penses qu’il est étonné de toi, un tox, capable de telles réflexions, et de s’exprimer de manière très compréhensible. Tu lui dis aussi que tu apprécies vraiment son geste, celui d’être venu en se faisant violence, et tu t’excuses 30 fois au cours de la conversation passionnante, en mentionnant une du bout des lèvres que tu étais malade et que tu n’avais pas d’autre endroit dans ce laps de temps, que c’est une chose qui t’a coûté de faire ça, mais que finalement le destin a provoqué cette conversation, cette rencontre inattendue. Un mec un peu plus vieux que toi, mais au destin moins pernicieux. Il a perdu sa femme avec qui il était depuis 3 ans, mariés sur un coup de tête, relation passionnée, s’est suicidée sans explication ce qui l’a secoué au point de faire une crise de nerfs qui l’a envoyé à l’hôpital psychiatrique pendant 2 ans et demi complets, sans jamais une seule fois en sortir. Là il repart de zéro, nouvel appart, nouveau boulot, « J’ai pas un look de tueur ? » te demande-t-il pour conclure, il saisit sa veste et tourne sur lui-même. Il est en costume et jamais tu n’aurais pu deviner que ce type sort d’HP. Chacun son histoire… La tienne est bien trop longue pour la résumer en si peu de temps, tu ne lui as sorti que des bribes quand ce qu’il disait te faisait penser à un détail. Le RER arrive à ta gare, lui sort à la suivante. Tu le salues, tu hésites à prendre son numéro, mais décides que le hasard fera certainement bien les choses ; tu sais que tu le reverras. En descendant du train, avec un grand sourire, tu te dis que ce mec, vu sa vie, son passé, aurait pu avoir passé une période de sa vie à se shooter, comme toi. Mais il ne l’a pas fait. Chacun se dirige vers ce pour quoi il est fait et parfois un homme particulier est fait, un temps, pour se détruire. Parfois ça mène à la mort. D’autres fois à des aventures inouïes.

Chhht…

Légende de merde

(P) Commissariat. Argot de cité.