Auto-Psychologie, Mini fictions

Quel est le problème docteur ?

Billet classé dans les fictions à cause de la fin, donc pour la fiction c’est juste avant la légende. C’est dû au hasard si elle est là, je n’ai jamais vécu ce que je raconte, bien que pas loin. Je suis parti en fiction sans réfléchir et l’ai continuée avec plaisir et toujours sans réfléchir.

Certaines priorités ont été revues dans mon organisation personnelle du bien et du mal. Cela dit, quelques uns de mes propos, mal interprétés ou pris trop au pied de la lettre, pourraient laisser penser que j’ai dépassé la limite de ce qui est globalement acceptable. En fait il faut voir ça autrement. Parce qu’il y a des changements que j’ai voulu qui pourront prendre racine en moi, et d’autres non, ces autres sont ceux les moins faits pour moi et ils ne seront même pas tentés, et forcément zappés et tant pis (ou tant mieux). Et non je ne deviens pas, et ne deviendrai pas raciste anti-asiat’ (certainement pas!) ni juste faf parce que je lis les bandes dessinées de Marsault et que le cher Marsault (au bout du lien une erreur, une waff n’est pas tume-cou), je me souviens, se défendait d’être raciste, sur facebook, y a 2 ou 3 (ou plus) ans, le contenu de ses albums ne laisse aucun doute : faf ou tellement provo sur le sujet qu’il a dû se perdre, et à mon avis il l’est, il l’a toujours été et c’est relativement assumé, sauf pour son image publique qui veut gratter des lecteurs pas à droite. Un lecteur amusé par certaines de ses planches est à coup sûr raciste. J’aime bien son coup de crayon et heureusement que y en a pas sur chaque page, des trucs rappelant la liaison entre Marsault et les fachos. Je suis un peu déçu mais pas étonné finalement de découvrir ça. Je le pensais plus cool idéologiquement.

Alors moi personnellement en ce moment, non content de l’isolement, que j’ai souhaité pourtant, que je vis et non subis, je cherche à me délester de convictions, certes. C’est vrai. Mais en faisant ça je tente de me faire évoluer intellectuellement dans un sens qui serait plutôt régression qu’évolution. Et bah tu sais quoi ? Ça ne fonctionne pas comme ça chez moi. Je vais t’identifier clairement mon intention aussi pathétique qu’elle soit : vengeance par autodestruction (régression). Vengeance de quoi ? Intéressant. Vengeance de quoi ?? De qui ?

D’immenses montagnes ont poussées, mais basées sur rien ou si peu, un sentiment de persécution entre autre, et c’est là que ma partie construction mentale paranoïaque montre quelques unes de ses ramifications. Une montagne prend ses racines dans la parano, mais reste un mélange de plein de choses, dont des faits pas encore expliqués, ni interprétés. Par exemple un ressentiment reste en fond, un par histoire d’amour qui a duré, mais brisée trop tôt à mon goût – il fait un temps à ne pas être un-e ex à moi ! Je plaisantais ici : je n’ai pas de haine pour mes ex, j’en ai eu pour certaines à des moments précis post-rupture, mais d’une ça n’a donné aucun acte, je passe rarement à l’acte, et de deux ça s’estompe très vite, avec le temps (très vite, ça dépend, ça peut rester des années avant de foutre le camp) ce type de réaction, par contre c’est extrême. Le ressentiment est dirigé contre moi puisque je suis un acteur de l’histoire triste, contre la terre entière car la théorie du chaos, la théorie du chaos… et contre la nana, mais cette dernière colère ne s’exprime qu’au tout début, quand la rupture est fraiche. Elle résulte en des tentatives de récupérer la nana perdue, mais c’est tellement désespéré et motivé par cette dépendance que chaque fois c’est en vain. Magouilles tournées en raisons évidentes et tellement logiques que tu ne peux que revenir vois-tu ? Et bien sûr, ça n’a jamais fonctionné. Bon, en tous cas la résignation à une idée, que c’est fini et que l’autre est possiblement en train de démarrer une nouvelle love story aussi magique voire plus qu’avec toi, si on peut y penser sans pincement au coeur, alors là c’est bon. Mais il se peut que tout n’ait pas été nettoyé à fond, et s’il reste un peu de colère ou d’incompréhension, sentiment d’abandon, etc, des émotions encore actives, alors ça peut remonter, se maintenir, encore un moment. Quel intérêt ? Elle… Et elle c’est tout, enfin bref, on est pas prêt à faire une croix sur quelqu’un qu’on a placé au centre de sa vie. Isabelle Padovani a fait une super vidéo là-dessus. Je te et me la mets, Isabelle c’est super positif, une vidéo d’elle, même plusieurs en off, ça peut faire du bien, elle pratique l’humour et ça me fait souvent sourire, utile en ces temps. Elle est pleine d’une énergie si impressionnante, si positive même quand elle parle de choses négatives. Quand on discoure des fois on doit faire mention de trucs pas cool, la joie est livrée avec son opposé, qui est euuh, la tristesse ? Pas sûr. La souffrance d’un côté la jouissance de l’autre, c’est idem. Pour jouir convenablement – ta gueule t’arrêtes pas d’en causer comme si c’était le graal, tu fais chier

Donc sentiment de persécution, histoires d’amour avortées, et quoi d’autre ? Ma situation précaire dont je rejette facilement la faute sur le système, alors que c’est quelque chose que je choisis à partir du moment où je dis que je ne souhaite pas, plus, travailler (pour ne parler que de ça). C’est une vengeance sur la vie et ses aléas, puérile car perpétrée par la victime, sur la victime.

Le sentiment de persécution, j’ai l’impression de le contrôler. Je l’ai par exemple lorsque je revendique faire partie d’une minorité – une dont les individus préfèrent généralement garder publiquement secret le fait qu’ils en font partie (puis choisir ensuite à qui ou pas divulguer l’information) : la minorité des injecteurs de drogues pour raisons récréatives. Les raisons récréatives de prendre des opiacés deviennent vite un besoin, le manque agissant physiquement sur l’individu le pousse à palier à ce problème. L’état de défonce baisse d’intensité, et devient l’état normal (l’état de manque est pénible).

Ce sentiment de persécution tire sa source dans l’enfance, mais concernant la toxicomanie, il part de peu de choses : une période où il était flagrant que je consommais, j’avais alors des passages répétés quotidiens dans les quartiers de Paris où on pouvait acheter dans la rue, et je me faisais souvent emmener au comiko (P), lieux où on ne m’a pas toujours montré du mépris d’ailleurs. Rarement même, et c’était le fait de quelques éléments policiers nocifs. Mais les fois où je me suis senti vraiment mal en présence de l’autorité m’ont marquées.

Ma culture punk aidant, mes origines banlieusardes, j’ai nourri assez tôt un ressentiment contre la police. Y sont associés toutes les personnes honnêtes par souci de respect des lois, mêmes les plus stupides, qui dépendent des flics, et aussi tous les corps de métier qui sont associés à eux. Donc les gens que j’appelle parfois, sans pouvoir d’ailleurs bien en définir les limites, les bourgeois. Et pour les métiers, ceux du juridique, avocats, juges, procureurs, etc car ils ne les défendent pas de manière aussi impartiale que les autres. Les métiers de la politique, ministre, préfet, sans besoin de raison particulière, mais le premier policier de France est quasiment à la tête du pays. Ceux de la finance qui sont intimement liés aux derniers, comment ne pas nourrir de haine contre tout ça ? Et je n’ai parlé que de la surface, les premiers qui me viennent à l’esprit. Mais je m’éloigne, je ne veux pas plaider pour la contestation du système mais identifier la masse contre laquelle je me venge en me détruisant, ce qui est vraiment improductif et bête.

J’ai dû me faire traiter à peine 3-4 fois de sale tox, et ça a généré une forme de sentiment d’appartenance, à un club fermé et qui a vraiment une sale réputation, un club de bad boys et de bad girls, dont semble-t-il personne n’a envie de faire partie. Pourtant, parfois si. Et on se complaît vite dans ce qu’on fait quand ce qu’on fait est borderline. Près du bord, de la brèche, mais avant de le faire et de passer ce cap de funambule, on a probablement soi-même été fasciné par au moins une de ces personnes injectrices.

Il y a aussi des gens qui ont des idées fixes tout en sachant pertinemment la nocivité de ces idées. J’ai vu ça. Idée fixe depuis l’enfance : se shooter. « Bel avenir… » est la réaction type sarcastique qu’on en retient dans l’inconscient collectif. Car se shooter ne peut pas être un loisir comme fumer une clope, l’injecteur a tendance à faire tourner sa vie autour du produit, et du rituel du shoot. Et c’est vrai, mais c’est le résultat de la prohibition qui complique les choses pour se procurer les produits, ce qui augmente aussi le stress chez les consommateurs qui doivent parfois multiplier les astuces pour accéder à leur loisir. Les prix élevés jouent aussi, les accros les plus pauvres passent leur temps à réunir à peine de quoi se défoncer et se contentent souvent de camisoles chimiques proposées par la médecine.

Quoi que j’en dise, on devient vite obsédé par le produit qu’on aime plus que les autres. Et c’est un fait, c’est l’addiction. Sans prohibition, est-ce que ça changerait quelque chose ? Je ne saurais pas répondre. Faudrait demander à une personne Suisse qui reçoit un traitement d’héroïne médicalisée tous les jours. Et la Suisse reste quand même un lieu où sont prohibées héroïne etc. Ça ne répondrait à la question que pour les injecteurs d’opiacés. L’addiction fonctionne différemment selon ce a quoi elle est liée, la légalité joue un rôle dans la gestion de cette addiction au quotidien, mais beaucoup d’autres facteurs entrent en jeu.

La gestion de l’addiction au quotidien… Comme c’est bien dit… elle peut être envahissante au point de prendre toute la place, ou être vécue bien plus facilement, comme un soin quotidien, avec toute une palette de nuances entre les deux. Lorsqu’on est sous méthadone et qu’on prend sérieusement son traitement (sans les fameux extras), il devient alors accessoire et on peut utiliser son temps pour plein d’autres choses. La prise de méthadone (sirop ou gélules) n’impliquant pas l’usage de seringue est sans aucun doute moins obsédante. Le rituel est plus accepté on va dire, aussi. Moins abusé. La prise d’un médicament par voie orale, per os, n’isole pas.

Ouais j’aime bien me la péter et utiliser des termes scientifiques, médicaux. Et je fais mon expert là, mais ce n’est qu’une diversion. Il y a tout un monde duquel je me suis exclu, d’autant plus oppressant que ce monde est un acteur clé dans une construction mentale tantôt paranoïaque et insensée tantôt sensée. Et ils ne manquent pas, les prétextes pour continuer de s’en exclure. C’est une exclusion volontaire, due au départ à un sentiment, lui justifié, d’exclusion quand j’étais gosse à l’école, et à l’adolescence au collège. Ensuite je fus autorisé à franchir toutes les portes de toute choses. A l’époque de mon enfance/ado, je n’avais pas accès niveau pratique et compréhension, au monde de jeux, puis de popularité, bonne ou mauvaise réputation, le monde des enfants avec tout ce qu’il implique, ce monde que construisaient mes camarades. Alors au lieu de sagement attendre le moment où on daignerait m’autoriser à comme tout le monde partager des choses avec les autres, j’ai décidé très tôt que ça ne m’intéressait pas et que ça ne m’intéresserai jamais. Je n’entrerai pas dedans. Le rejet ça reste et ça donne de la haine.

J’en veux à plein de gens, d’avoir participé au truc, ou de n’avoir rien fait par exemple pour les adultes censés empêcher la violence entre enfants. Je ne comprenais pas, et ça me révoltait, que des adultes censés avoir un rôle d’éducateurs, d’arbitres aussi (les adultes à l’école peuvent trancher là où les enfants n’ont pas ce pouvoir), laissaient faire les petites saloperies que les enfants dans leur grande innocence se font entre eux. Je me retrouvais souvent la risée de l’école et sans doute que d’autres enfants y passaient aussi, mais j’étais tellement obnubilé par ma condition, attristé et dans l’incompréhension totale, que je ne le voyais pas, je ne voyais que moi. Il faut comprendre, j’étais très impulsif, j’insultais facilement protégé par le grillage, d’autres jeunes plus vieux que moi, collégiens, et à la sortie ils m’attendaient, logique. Violence. A la maison, c’était difficile, il y avait de la violence parfois. Ma mère ne s’en sortait pas et avait opté pour des réaction évolutives, de plus en plus violentes en fonction de mon âge. Elle n’est pas à blâmer, surtout pas ! Elle subissait aussi.

Ma vengeance sur moi-même n’ennuie que des personnes qui n’ont rien à voir avec mon histoire passée, mon enfance, des proches d’aujourd’hui. Agir ainsi est puéril en plus d’être destructif, je le sais bien, je tente de perdre cette habitude mais c’est difficile. Rien d’impossible. Mais l’habitude est devenue mécanique, et je ne peux déceler les prémisses de ce type de réaction qu’une fois devant le fait accompli. Je dois apprendre à le voir avant. A en déjouer les pièges.

Bref je vais conclure (c’est ça, on va dire que le billet s’arrête là, tout ce qui suit est superflu mais bon je vais le laisser s’exprimer j’ai l’impression qu’il en a super envie…) car j’entame la 3e page là sur mon logiciel de traitement de texte. Et j’ai envie de passer à autre chose. Dessin, rimes… Aujourd’hui en parlant de rimes j’ai écouté les morceaux disponibles sur YT du dernier projet de Casey la rappeuse. Ausgang, groupe de fusion, et c’est de la fusion avec le parler de Casey. Comme elle l’avait laissé entendre dans une conférence, elle a réalisé collectivement le 2e projet de fusion rock/rap. La fusion rock/rap était un style en vogue dans les années 90, les milieux du rap de du hard rock s’opposant souvent surtout au niveau des auditeurs, le rap descendait des cités et était écouté surtout par des jeunes des cités, et le rock touchait davantage des gens provenant des classes moyennes. J’ai réalisé ça récemment. Et donc il y a eu une volonté de la part d’artistes de réconcilier les deux courants culturels, on vit apparaître des mélanges des deux. Les chanteurs commençaient à rapper des couplets entiers. Des groupes avaient plusieurs chanteurs qui avaient chacun leur spécialité (chant/rap). Silmarils s’est illustré là-dedans, prenant le train en marche, celui conduit par Ice T et Ernie C à la gratte, via ses albums de fusion (Body Count) en 1994. Les Beastie Boys avaient aussi posé des bases. Noone is innocent en France aussi avaient marqué les esprits avec leur chanson antiraciste « la peau ». Il faut dire que ces deux milieux, rap/rock étaient souvent pleins de haine pour l’autre. Dans le milieu du hard rock, ce qui n’était pas majoritaire, du racisme à noter. Hormis les groupes skin heads de type RIC (Rock identitaire français) et RAC (rock anticommuniste) – musique oï politisée et parfois apolitique non raciste – il n’y avait quasiment pas de racisme dans la musique française populaire. Les styles RIC et RAC étaient marginaux.

Il faut bien comprendre le contexte de l’époque : d’une société où le racisme Blanc contre tout immigré était très présent, on évoluait vers une société mixte où le racisme est mal vu. Celle d’aujourd’hui avec toutes ses spécificités et ses incohérences (comme le fait que l’islamophobie n’est pas traitée au même titre que l’antisémitisme, bien plus sévèrement condamné). Celle de l’époque était carrément injuste et il ne faisait pas bon être typé, ça a donné la Marche pour l’égalité et contre le racisme qui a pris racine en 1983 initiative d’un seul homme, par exemple. Je dis par exemple parce que j’ignore le reste, j’ai découvert ça par le film La Marche [ext. IMDB] qui raconte l’histoire 30 ans après (2013), et tant mieux car ça permet aux gens comme moi d’avoir vent de cette manifestation. Le rôle du marcheur : Tewfik Jallab, et fait qui m’a plu aussi, on a Jamel Debbouze dans le rôle d’un mec un peu casse couilles si je me souviens bien, mais un qui marche, Hassan.

Je me souviens encore du badge qui a précédé l’apparition et la mode des pins, estampillé « touche pas à mon pote ». Le pote en question était généralement soit né en France de parents immigrés Africains, soit né au bled et ayant grandi en France. Cette campagne de SOS Racisme a touché tout le monde, dans les cours de récréation je voyais plein de ces badges. Je pense que cette campagne a été responsable en partie d’un élan de tolérance envers les étrangers, tout allait dans ce sens : on devait bien traiter les immigrés. Car le constat était flippant : la France était raciste. C’était certainement difficile pour les jeunes Noirs et les jeunes Arabes, et je dis certainement car j’étais trop jeune pour avoir fait autre chose que considérer le badge comme une mode, mais pas de ça chez nous ! On ne cédait pas aux modes dans mon foyer, même les modes très socialistes. Moi, la tolérance envers tout le monde était dans mon éducation. Ce détail a changé plus tard, et a encore changé pour retourner vers une tolérance totale envers les étrangers et leurs enfants, et une intolérance totale pour les racistes. On avait un copain né au Cameroun si ma mémoire est bonne, qu’on surnommait Popote. Nous devions avoir dans les 6-8 ans, Popote avait un accent Africain, un peu de mal à parler, mais suffisamment débrouillard pour apprendre la langue sans cours supplémentaires. C’était notre super copain avec mon frère. Je ne sais pas si c’était volontaire de la part de ma mère mais les copains qu’on avait à cet âge étaient tous d’origine Africaine. Ma mère avait une dent contre les Arabes, mais aimait suffisamment (n’avait rien contre leur présence disons – sans doute studieuse et au courant des 400 ans d’esclavages, je ne sais pas) les Noirs pour s’être mis en couple une fois avec un Noir (histoire de famille). Mes grands-parents étaient racistes, des Bourgeois qui vivaient aisément, et il me semble avoir entendu de la bouche de ma génitrice qu’elle avait fait ça surtout pour emmerder son père ou sa mère (ou les deux). Mais par la suite, on a eu un beau-père raciste. Il détestait les Noirs mais appréciait les Arabes, l’inverse de ma mère. Débats sans fin et de sourds, à table, remarques racistes de ma mère pour les arabes, elle n’aimait pas la langue, l’accent, le type très large du maghrébin de base.

Après y a eu un retour des Yoyos, des jouets divers, et les images à coller dans les albums, mais on avait encore, pour beaucoup, des billes. Mais les modes c’était les modes… Quand une mode sévissait, tu le voyais, toute la cour de récréation était aux couleurs de ladite mode. Sauf moi !

Bon, précision, à l’époque ça travaillait aussi chez nous contre le racisme et ma mère se faisait violence en laissant un de nos copains Macocain venir jouer à la maison. Mon frère et moi avions des copains de toutes origines. Deux supers copains avaient tendance à venir souvent, un Marocain et un Noir d’Afrique genre Mali ou Cameroun, je sais plus. Mes parents même si ça menaçait de rompre, étaient encore ensemble. Or, mon père était un pur socialiste. La France était accessoirement depuis environ 20 ans pour l’immigration sur un territoire à tendance chauvin. Donc arrivées de personnes souhaitant travailler en France, mais fait important : à qui on a dit de venir ! A qui on a promis la lune comme un politicien sait le faire, sans prévoir ce qui allait se passer comme les politiciens savent si bien faire également (oublier de prévoir les conséquences). Les politiciens en place ont fait ça. Et puis ils ont revu leur urbanisme, faut bien les mettre quelque part tous ces gens… Une maison ça coûte bonbon. Alors ils ont construit autour des grandes villes, d’immenses cités prometteuses de bonheur et d’harmonie entre les immigrés et les français (souvent racistes donc). Les entreprises ont besoin de main d’œuvre bon marché, nous sommes alors à l’époque post-guerre mondiale #2, baby-boom etc. Relance de l’industrie, besoin de plus de bras et pour des tâches ingrates. L’industrie prend un chemin plus cadré, axé surtout sur les grosses têtes et l’écart entre les salaires des ouvrier et des cadres s’étend. Le Français ne souhaite plus s’emmerder à travailler pour un salaire de merde, qui plus est à faire quelque chose de répétitif, chiant, peu gratifiant, alors selon le métier des places peuvent être prisées ou vacantes. Seulement avec un peuple français raciste en majorité, car beaucoup l’étaient carrément mécaniquement, vu que ce n’était pas encore considéré comme nuisible, le racisme coulait, hélas, de source, il était normal que chacun aie ses têtes tels mon beau-père qui reprochait aux Noirs d’être fainéants et ma mère qui elle, fonctionnait plus au feeling, l’odeur des gens, le type de faciès, l’accent, la façon de s’exprimer, elle détestait tout ça. Dommage.

Une chose : souvent lorsque une personne arabophone parle, les hommes disons provenant des classes populaires, j’entends de l’agressivité. Comme un militaire qui donnerait des ordres. Je ne connais pas l’Arabe ou trop peu. J’ai l’impression qu’il se doit, pour le parler, de s’imposer à l’autre en articulant chaque syllabe, les mains et le reste du corps bouge, langage corporel, verbal et non verbal. Aussi, des sons de cette langue, le H (ﻉ, ça s’appelle aïne on le voit souvent écrit 3 sur le net), se prononce en raclant la gorge – pour les français qui ont fréquenté des Arabes musulmans, ce mot revient souvent : le 3alouf (le cochon), il commence par ce son. Ça peut paraître agressif pour un profane. Mais j’ai entendu aussi (dans un film) une femme parler l’Arabe (maintenant que j’y pense car la maman du copain Arabe dont j’ai parlé plus haut avait un certain bagou mais étant à la tête d’un cheptel de 5-6-7 enfants elle parlait vite et elle hurlait). Et avec une voix douce, qui cherche le moins possible à racler les 3, c’est d’une beauté…

Donc je pense que mon ressenti qui a mené à l’idée que la langue Arabe est une langue dure qui se parle de manière agressive, se base sur les quelques discussions passionnées que j’ai vu se dérouler parfois, sur un quai de gare, chez un copain, dans des films La Haine-like, donc en Arabe pur et dur. Si ma pensée erronée à propos de ça se base sur un ressenti, ça sera difficile de rectifier et de changer d’idée. L’Arabe est une superbe langue comme toute langue quand on s’attarde à écouter parler les gens. La position d’un profane qui écoute et tente selon le ton de la discussion, les gestes, la gentillesse ou l’animosité des interlocuteurs, de comprendre déjà le thème, puis les positions des parleurs, ça m’intéresse. A la Réunion ils appellent ça Zoreils. Ce sont les gens qui ne parlent pas Créole et qui tendent l’oreille pour tenter de comprendre tout de même, en s’aidant des mots communs à leur langue que le natif réunionnais prononce. Mais c’est pas gentil. C’est pour se moquer.

Mais il a fallu du temps et beaucoup de faits divers, faits marquants pas si divers, des actes choquant, pour que le Français chauvin évolue vers le Français ouvert à la différence. Et il y a eu à coup sûr de la violence perpétrée sur les immigrés, outre les insultes quotidiennes qu’ont dû longtemps supporter les premiers immigrés, mais aussi leurs familles, au boulot, à l’école, au magasin, etc. Il y a eu beaucoup de choses pas nettes, je n’en connais que peu (tant mieux c’est dur de savoir ce type de choses). Par exemple, l’affaire des « enfants de la Creuse », sombre histoire de déportation massive d’enfants des îles à qui on promettait la lune. Ils devaient aller repeupler les départements comme la Creuse.

Les enfants de la Creuse

Quelle affaire ! Les enfants étaient choisis en fonction de leur statut familial, priorité aux orphelins, abandonnés, etc. Ils ne manqueront à personne après leur envoi sur le continent. Les Caraïbes ont été une terre de ressources aussi bien matérielles qu’humaines.

Ces gamins finissaient adoptés pour les plus chanceux, exploités sur place pour les moins beaux. Voire serviteurs chez des Blancs, j’ai pu voir un reportage d’époque, des filles suivaient des cours pour être bonnes à tout faire, femmes de ménage, quel avenir prometteur ! C’est un genre de mise à dispo très pratique d’un stock de gamins, pour les parents en recherche d’exotisme ou de main d’œuvre de maison, d’esclaves mineurs, en France, les mineurs travailleurs étaient dans une situation qui ne leur permettait pas de discuter puisqu’ils étaient hors-la-loi, et que les payer normalement avec fiche de paye etc, serait pour un patron avouer qu’il a fait bosser un enfant.

Si je n’étais pas venu vivre en Creuse je n’aurais jamais eu vent de cette sombre affaire. J’ai entendu parler de ça parce que j’ai voulu connaître un peu l’histoire du département. Au moins la survoler… Par hasard donc. Le côté On est pas fier de ça donc on va le taire quitte à le supprimer des programmes scolaires quand il y est de la France, refusant souvent d’assumer des saloperies perpétrées sur des étrangers, ou simplement sur des Noirs Français, montre bien le degré de mépris avec lequel tous sont considérés. J’assimile les étrangers très facilement avec des Français, mais les Noirs en partie proviennent d’îles françaises… Si le Français est Blanc historiquement, les choses évoluent et le Sud-Africain est Noir historiquement, pourtant ce sont des Blancs qui tirent les ficelles là-bas.

J’ai tellement de colère, et littéralement de haine aussi, à propos, contre, beaucoup de faits, et aussi pour des acteurs de ces faits. Un fait est un événement qui s’est déroulé, c’est une chose établie. Un fait marquant, c’est différent selon la personne marquée, c’est un truc qu’on n’oublie pas. Un fait dérangeant, c’est ton voisin qui retire ses groles. Ou pour un mec lambda rentrant du travail qui va casser les couilles (quand il en a, lui) au tox qui s’est à peine caché pour se faire son fix, l’urgence l’ayant poussé à outrepasser des règles (dont la 1ère devrait être : un minimum d’intimité, pas devant les gens) qu’il s’impose. L’urgence ? « Un shoot ou je me chie dessus ». Mais bon, là ça part d’une bonne intention, cassage de couilles mais sans haine, d’ailleurs si ça se trouve il est cool le mec…

Attends ce mec a eu le courage après t’avoir vu te cacher vainement en te perçant le bras, de se lever, de venir vers toi, de te parler, tout ça alors qu’il n’aime pas le shoot, de s’intéresser à ta vie même, un instant certes, mais il a fait tout ça, pour te dire de ne pas faire ce que tu ne fais jamais en règle générale et que là, exceptionnellement (tu t’arrangeras pour ne plus jamais être malade dans le train du retour) tu l’as fait, fébrile… L’effet léger de l’héro injectée t’aide à être social, le thème de départ (t’engueuler) est saoulant mais la conversation qui s’en suit est géniale. En fait, ce mec là, il a galéré dans sa vie, beaucoup. Son aversion pour les shootés vient d’un mort dans sa famille. Un proche, trop proche. « C’est souvent comme ça », tu lui dis. Tu ajoutes « Y a des gens qui sont totalement fermés sur le sujet parce qu’ils ont vu quelqu’un qu’ils aimaient progressivement régresser physiquement et mentalement, et finalement mourir seul, ils s’en veulent parce qu’ils n’ont pas pu faire grand chose vu que le désaccord sur le sujet principal fausse toutes les conversations. » Et il t’écoute, semblant étonné. Tu penses qu’il est étonné de toi, un tox, capable de telles réflexions, et de s’exprimer de manière très compréhensible. Tu lui dis aussi que tu apprécies vraiment son geste, celui d’être venu en se faisant violence, et tu t’excuses 30 fois au cours de la conversation passionnante, en mentionnant une du bout des lèvres que tu étais malade et que tu n’avais pas d’autre endroit dans ce laps de temps, que c’est une chose qui t’a coûté de faire ça, mais que finalement le destin a provoqué cette conversation, cette rencontre inattendue. Un mec un peu plus vieux que toi, mais au destin moins pernicieux. Il a perdu sa femme avec qui il était depuis 3 ans, mariés sur un coup de tête, relation passionnée, s’est suicidée sans explication ce qui l’a secoué au point de faire une crise de nerfs qui l’a envoyé à l’hôpital psychiatrique pendant 2 ans et demi complets, sans jamais une seule fois en sortir. Là il repart de zéro, nouvel appart, nouveau boulot, « J’ai pas un look de tueur ? » te demande-t-il pour conclure, il saisit sa veste et tourne sur lui-même. Il est en costume et jamais tu n’aurais pu deviner que ce type sort d’HP. Chacun son histoire… La tienne est bien trop longue pour la résumer en si peu de temps, tu ne lui as sorti que des bribes quand ce qu’il disait te faisait penser à un détail. Le RER arrive à ta gare, lui sort à la suivante. Tu le salues, tu hésites à prendre son numéro, mais décides que le hasard fera certainement bien les choses ; tu sais que tu le reverras. En descendant du train, avec un grand sourire, tu te dis que ce mec, vu sa vie, son passé, aurait pu avoir passé une période de sa vie à se shooter, comme toi. Mais il ne l’a pas fait. Chacun se dirige vers ce pour quoi il est fait et parfois un homme particulier est fait, un temps, pour se détruire. Parfois ça mène à la mort. D’autres fois à des aventures inouïes.

Chhht…

Légende de merde

(P) Commissariat. Argot de cité.

Mini fictions

Persona non gratta

Remballe ta joie petit, toi tu rentres pas. Demi-tour, pour toi ce soir, c’est une compote et au dodo. Je te le répèterais pas. Et c’est ça va dormir, ouais, t’es bon qu’à ça. C’est bon laissez-le, laissez-le. S’il revient vous le foutez à la baille.
— Mais il va se noyer ?
— Je te demande ton avis ?
— Je disais ça comme ça.
— Allez, la soirée va pas se payer toute seule, un peu de nerf et retournez à vos postes, il reste combien de cadavres à brûler ?
— De quoi avoir chaud toute la nuit !
— On met de la musique ?
— Tu veux danser Robert ?
— Et pourquoi pas tiens ?? Pourquoi que j’dans’rais pas, moi ? Vous m’trouvez trop rustre ? Pour vous taper mon whisky, ça, vous me trouvez pas trop rustre ! Ah ! la jeunesse de nos jours, plus aucun respect pour les anciens, ni pour la danse, ça r’mue son popotin sur du dzina-boum, ça… ça sait faire… mais danser un tango avec une femme, hein ? T’as jamais fait ça ? hein ? Kurt ! Tu t’appelles Kurt en hommage à Kurt Cobain je parie…
— Nan mais il est revenu lui ?? Mais veux tu bien foutre le camp bon sang !!
— Oh chef laisse-le c’est qu’un chien affamé, tiens viens-là Rex ! Tu trouves pas qu’il a une tête de Rex ? T’as vu ? Il est pas agressif, alors c’est sûr que si tu lui donnes des coups de pieds, faut pas t’étonner de te faire mordre, c’est juste, même. Oeil pour oeil ! D’ailleurs, je trouve que t’en as trop des yeux, méfies-toi : un matin tu vas te réveiller et il t’en manquera un !

Mini fictions

Machine tente le coup

Courte fiction hallucinée, sans queue ni tête.

Je suis épuisé, j’arrête demain… je m’en fous, je suis pas pressé, et fait important, je ne serai pas payé. Ce sont des Travaux d’Intérêt Général. Comme la toiture par exemple. Ces maisons sont pleines de travaux à faire. Oooh j’entends le bébé désolé faut que je te laisse – on se voit taleur chérie…

Demain j’ai fait mon temps de TIG, en attendant je fais la manche « Bonjour Madame ! Macron à c’qu’on raconte tu s’rais gascon ? Auriez-vous plus bel homme, venez avec moi ! » Quelques cadavres de poules déjà mortes ! Elles s’appelaient Truc ou bien Machine ! Si Machine tente le coup, je serais bien occupé de la bloquer et au passage j’en profiterai pour lui peloter ses gros seins à cette…

Raaaaah ! (bave), bah ouais le superbe cinéma américain avait décidé, toujours pour ménager la configuration, et puis d’un accès wifi. Une fois prêts on pourra commencer de octobre à août. Vous allez voir, c’est la pleine saison.

J’aimerais svp un sauté de lapin, mais je veux le voir gambader toute sa vie derrière un truc qui l’exclue. Le mieux est encore de l’abattre, si poules malades, tout le monde aussi malade.

Mini fictions, Paroles qui riment

Ne travaille pas

Je vais pas te la refaire non ? L’étymologie latine du mot travail, tu la connais déjà c’est évident. Bon allez, dans le doute, ça vient d’un mot qui représente un instrument de torture, tripalium. Le travail étymologiquement s’apparente à de la torture. Tel qu’il est goupillé sociétalement, en occident, c’est de l’esclavage. La différence étant qu’on te balance des miettes pour te donner une illusion de gagner ce que ton travail mérite, et une chance d’économiser (ou de contracter un crédit et ainsi te foutre une dette à la patte et te coincer jusqu’à ce que tu aies remboursé) pour t’acheter des choses que tu as probablement fabriqué, ou aidé à fabriquer.

Il y a l’école, où on tente de faire de toi ce dont la société a besoin, pas ce à quoi tu aspires. Ne vises surtout pas trop haut lors de ta rencontre avec ton conseiller d’orientation petit adolescent, il te remettra bien vite à ta place : « Avec tes notes mon gars, faudra plutôt viser un métier manuel » te dira-t-il ou te dira-t-elle avec un peu de mépris dans la voix au mieux. Au pire, il ou elle ne dira rien, et bavera ensuite pendant la réunion suivante peut-être devant un parent d’élève délégué, qui à son tour le soir venu, à table, évoquera ce pauvre futur carreleur qui espérait être astronome… Et tout le monde rira entre l’entrée et le plat, chez les Lequesnoy, on rigole, c’est comme ça. L’école te prépare donc à remplir une tâche souvent ingrate si tu n’es pas adapté à leur système scolaire pourri jusqu’à la moelle.

Ensuite vient la réalité du terrain. Tu veux de l’argent, et pour l’instant tu n’as qu’une possibilité pour en trouver parce que tes darons ont dit « Stop » ! Et c’est travailler. T’as 16 ans, tu t’es fait virer du collège parce que t’as mis une droite à un prof pervers qui matait un peu trop, en bavant comme un Saint-Bernard, la tasspé en minijupe de la classe, très jolie jeune fille de 15 ans au demeurant, un peu trop peinturlurée à ton goût. Le vieux porfc d’espagnol a fait une remarque de trop à ton propos, qui plus est en se baissant sur toi tout sourire : « Nan, nan ! Le réveillez pas ! Laissez-le dormir, au moins je peux parler comme ça » ce qui t’a fait remonter les trois tata et le trip que t’as pris dans la nuit, d’un coup comme ça ! Coup de boost ! Tu t’es levé et tu l’as cogné ce salaud. Bien fait pour sa gueule. Ensuite t’es parti dans un rire fou, et tu t’es barré de leur taule en lançant à la cantonade, juste avant de claquer la porte du cours : « Allez tous bien vous faire foutre » ! Et t’as claqué également la porte du collège devant le CPE dépité, sorti de son bureau alerté par le bruit de la poubelle qu’au passage tu as shootée. Toi, ça t’as vraiment éclaté de faire tout ça, mais la suite c’est qu’il faut assumer.

Très vite donc, ton obsession se met à tourner autour d’un sujet. Eeeh Non ! C’est pas le travail ! C’est l’argent bien sûr. Parce que si tu veux aller en soirée dans des boîtes parisiennes underground comme le Gibus, te défoncer ensuite dans ces boîtes, il t’en faut de l’argent, de la caillasse, de la thune, de l’artiche, du fric bordel ! Comment faire à 16 ans ? La pizzeria du coin embauche des débutants ? T’apprendras plus tard que c’est un gros fils de chacal qui paye moins que le SMIC, mais au moins il embauche, c’est pas comme tous ces rats là, qui « prennent pas avant 18 ans » bande de crevards !

Très vite ça te saoule de livrer des pizzas. Tu pourrais te lancer dans un business illégal, que tu te dis, tout en étant conscient que tu n’es pas très fort en affaires. Mais t’essayes, si d’autres ont pu le faire pourquoi pas toi ? L’ennui c’est que tu consommes beaucoup trop, et surtout t’as pas envie de charbonner. Soit t’es pas aussi requin, vicieux, que les autres, soit t’es juste trop fainéant. Toujours est-il que tu bouffes et le bénéfice, et le chiffre d’affaire. Du coup, ton affaire, elle s’écroule bien vite et tu contractes des dettes auprès de la mafia locale, sans scrupule, qui te rossera si tu ne rembourses pas. L’étau se resserre. Alors tu tiens bon la barre. Ton travail de livreur de pizzas ou/et de kebabs te gonfle certes, mais avec ton salaire tu rembourseras l’autre bâtard qui t’a bien fait comprendre qu’il fallait faire vite, sinon… c’est les coups de marteau. Sauf que pour avoir un salaire faut avoir bossé un mois, que souvent ensuite on a un chèque et que toi, ta banque c’est la Poste, un livret, et faut deux putains de semaines pour encaisser un chèque. Alors tu demandes un acompte à ton filou de patron.

Bon, interlude. A cette époque de ta vie, tu es entouré d’enculés. Y en a partout et à l’école on a pas de cours destiné à savoir les identifier et les éviter, normal tu me diras : l’école elle-même est structurée par des enculés. Donc tu les fréquentes sans capter leur jeu avec toi, tu es trop naïf, un jour tu acceptes même de jouer les nourrices, et tu fais ce qu’il faut pas faire… tu tapes dans le stock. Enfin bref… tu fais des conneries. De plus ce shit est dégueulasse mais tout se fume quand on a rien, et d’ailleurs il se vend vu le prix. Mais c’est compliqué, vraiment, en grandissant on devient plus exigeant sur la qualité, et tes potes grandissent, tout comme toi… Le mec qui vendait du mauvais shit.

Tes potes… Des amis à qui tu as accordé ta confiance te tournent le dos ou finissent par te mettre une carotte (toi en bon con, tu leur avances le produit), ils se cassent sans jamais revenir, en se promettant de bien se foutre de ta gueule durant les années à venir. A ce stade il te manque toujours 19 balles pour en faire 20… Ton business naissant s’est cassé la gueule. Et tu vis en sursis jusqu’au moment où le gars va s’apercevoir que tu as touché à la marchandise.

Pour tes potes, sans fric tu n’es pas intéressant : depuis que t’as essayé en vain de vendre du (mauvais) shit et que t’as fait faillite, tu n’as plus jamais un joint à rouler. Par contre tes potes, eux, se débrouillent pour en avoir. L’ennui c’est qu’étant donné que t’es en train de te faire une réputation de gratteur aux poches vides, on finit par ne plus te filer que des culs de pétards, enfin de ceux qui tournent…

Ton acompte, versé en liquide et au noir, va aller payer une partie de ta dette. Ça calmera un peu Goliath et sa bande, te fera gagner du temps, mais le reste de ton salaire un mois plus tard, vu que tu croiras à tort qu’on t’a oublié, va te servir à te défoncer. Ta dette restera. L’usurier s’énervera. La pression montera d’un cran. Comment éviter ça ? T’as raison : un bon joint, ça aide à réfléchir !

Vingt minutes plus tard, t’es sur ton pieu et tu comates. Tu comates pendant… un mois environ. Quand d’un coup…

— Bam bam bam !

Ça tambourine à la porte. Une voix lance :

— Bonjouuur ! C’est l’facteuuur !

En fait c’était une blague : c’est pas le facteur… Quelle boutade poilante ! C’est qui ? C’est en fait un marteau Facom accompagné accessoirement, au bout du manche, d’un mec pas très content. Et toi, t’as rien à lui donner sauf tes genoux et tu y tiens, comment dire… Alors comme t’es chez toi depuis à peu près 16 années, tu connais relativement bien les lieux, ses atouts et ses failles : il y a une issue, sortir par la fenêtre et te sauver par le jardin du voisin de derrière. Ça va juste te faire gagner du temps, énerver un peu plus l’autre rat mort à l’air bien vif pourtant, mais c’est une question de survie, tu dois te barrer de ce guêpier. Et en vitesse avec ça parce qu’il va pas s’embarrasser à faire le pied de grue devant la porte, là il va entrer.

T’enfiles un froc en speed, tu juges qu’au point où tu en es, garder sur le dos ce tee-shirt que tu portes depuis une semaine n’est pas très grave… Après tout il ne pue que la sueur… et un peu la bouffe, tiens ça c’est la mayonnaise du sandwich d’hier ! Sans tergiverser sur les condiments, tu enfiles tes rangers, pas le temps de les lacer, tu te tire fissa. T’es habillé léger mais heureusement, l’été approche et il fait un temps superbe.

Que faire maintenant ? Tu te sens oppressé. Tic ! Tac ! Tic ! Tac ! On veut ta peau et l’instant s’approche. Tu es un mauvais payeur. Et les mauvais payeurs, on leur fait comprendre dans ce milieu, et on leur fait comprendre par la violence, y a que ça que les chiens de la casse comme toi entendent, enfin c’est ce qu’ils pensent.

Tout en marchant en direction de la gare, tu te dis que si tu avais un flingue et des balles, tu pourrais lui en coller une ou deux dans le buffet. Oui, mais ensuite ? Faudrait l’enterrer, tout ça, et c’est chiant. Et selon le lieu, peut-être même le couper en morceaux pour le déplacer dans un autre lieu et enterrer les bouts. Décidément c’est trop difficile. Tu es fainéant, rappelle-toi. T’as plus qu’à te casser, fuir. Point barre. Et tu le fais.

Alors ce jour, tu prends le train en fraudant, direction Paris, et tu te dis que tu reviendras pas. Tu reviendras bien vite… Mais ce sera ta première réelle virée dans le vrai monde, celui de la rue, pas celui factice du travail et du fric. Tu feras la manche, et tu trouveras ça marrant même. Parce que tu le feras avec des gens cool, qui vivent à la cool, qui s’aiment, qui vivent libres. Tu te crois au Paradis devant Franprix ! Mais le rêve tournera bien vite au cauchemar.

Tu bouffes un trip, tu hallucines toute la nuit, tu rigoles. On rigole avec toi. Le lendemain, en descente, tu cherches à renouer avec une fille que tu as perdu environ deux mois plus tôt, tu lui donnes rendez-vous sur les marches, elle vient accompagnée d’une copine, elle veut pas te donner de nouvelle chance et s’en va bien vite. Dommage, c’était la femme de ta vie et tu l’as laissée filer. T’en retrouveras jamais une comme ça. T’es dégoûté et t’as envie de te pendre, alors tu descends dans les catacombes, ça te va bien, c’est sombre comme toi, tu es triste et ça se voit dans tes yeux, certains l’acceptent.

« Ne travaille pas » est écrit en peinture noire, en gros, sur un des murs de la rue donnant sur la petite ceinture où se cache l’entrée des catas. Tu t’arrêtes devant ça. Tu le lis, le relis encore et encore, mais tu ne comprends pas. Dois-tu prendre cette affirmation au 1er degré ? Car ce que tu a compris en évoluant ici, c’est que pour avoir des sous et t’acheter une lampe par exemple, faut bosser. Non ? On t’aurait menti ? Ça te fait réfléchir. Mais c’est pas encore abouti, et les années suivantes, tu vas bosser. A plein temps.

Pour un SMIC si t'as pas eu ton BAC, 
Et un SMIC c'est pas un salaire de mac, mec.
Le SMIC c'est l'micmac... Sur la Mecque !
Autant bosser au black ou au Mac-do... 

Jeune esclave dynamique ? Tes mimiques te démarquent...
Des problèmes économiques ? Plutôt rester dans ton hamac...
Avec ta vue panoramique sur ta bouteille de cognac
Mais c'tic, tac... C'est la rythmique du temps qui saque...

A suivre (ou pas).

Mini fictions

Les aventures trépidantes de Loulou le relou et Pistach sans ‘e’ – 2

— Tu vas voir, avec ça, tu vas avoir l’air d’un dur !

Loulou ne comprenait pas. Et s’il avait compris le sens ce cette phrase, il n’aurait pas vraiment été enjoué de ce fait : ce collier plein de spikes ne lui ressemblait pas, lui voulait jouer avec les papillons, courir après des lézards, ce genre de choses, et avoir l’air d’un dur n’était clairement pas dans ses priorités.

Les priorités de Loulou :

  1. Manger
  2. Sortir (pipi, caca, le chat, aboyer sur le chien du voisin)
  3. Manger

Mais ce qu’il préférait avant toute chose, son activité favorite entre toutes, non ce n’était pas la baballe, c’était manger à nouveau. Quelque fois, une pensée aurait pu le traverser si toutefois il n’avait pas été un chien car les chiens ne sont pas capables de construire ce type de pensée : « Si j’étais un humain, je serais boulimique et je me ferais tout le temps vomir pour faire de la place à nouveau et remanger ! » mais il n’était que chien jusqu’au plus profond de son âme et il se contentait de sa condition de clébard de la casse du coin.

Pistach sans ‘e’ se fit une réflexion qu’il trouva tout de suite étrange :

— Des spikes sans les cicatrices des bastons gagnées, ça fait pas vrai…

Puis il ajouta tout haut à l’attention de Loulou, hilare :

— Va falloir qu’on t’en fasse, des cicatrices !

Le chien plissa les yeux et pendant un instant, mais un instant seulement, Pistach sans ‘e’ eut la certitude que Loulou avait tout compris, chaque mot, dans le détail, et qu’il avait même pris sa blague au premier degré. Le dos de Pistach sans ‘e’ se glaça instantanément de stupeur sidérée.

Pas autant que celui du chien, les poils hérissés en crête. Lui, en était à s’imaginer qu’il devrait passer par les mains d’un vieux tatoueur perceur scarificateur pervers dégueulasse, lui-même tatoué percé et scarifié de partout, langue de serpent coupée en deux comme ces sales rampants flippants, énorme cicatrice tribale coupant son oeil droit dans la verticalité et s’arrêtant pile poil sur l’arête du menton. Son personnage rendu vivant par son imagination suait à mort, puait un genre de mélange de crasse et de parfum bon marché, et restait assis là sur sa chaise, à observer le chien les yeux dans les yeux, sans rien dire dans sa petite boutique cradingue sentant le tabac froid et le kérosène. Loulou dut se forcer pour sortir de son cauchemar avant que le monstre ne sorte du rêve et ne vienne effectivement s’occuper de lui et de son maître, ce type de situation était déjà arrivée, il fallait faire attention avec l’imagination.

Quant à Pistach sans ‘e’, il se colla contre son radiateur pour faire fondre la glace que son dos avait accumulée, de l’eau coula sur le sol et vint se répandre dans la rigole prévue à cet effet, puis continua de s’écouler dans un avaloir en métal surmontant des canalisations reliées aux égouts de la ville. Et Pistach sans ‘e’ regardait l’eau s’échapper par le trou, rêveur. Il commença a s’imaginer le dédale labyrinthique, complexe de tuyaux, sous la maison. Ça se terminait dans l’océan, si loin, et pourtant si proche… l’océan… Si proche qu’il suffisait de se baisser et de toucher l’eau pour immédiatement se sentir en contact avec lui, jusqu’à entendre avec précision ses sons marins, ses vagues s’éclatant contre des roches de falaises, ou encore caressant avec amour, sensuellement, toutes les plages de Gaïa, dans un rythme effréné, toujours le même depuis des milliards d’années, aujourd’hui sur fond des chants de baleines, et autres féeries auditives.

— WAF !

Ça voulait dire « Réveille-toi mec ! » ce que fit automatiquement Pistach sans ‘e’. Loulou savait où était son maître, mais il savait aussi que ce dernier ne devait pas partir ainsi trop longtemps car le risque était tout simplement pour lui de ne plus jamais revenir. Et si ça arrivait, qui est-ce qui donnerait sa gamelle à Loulou ? Hein ? Je vous l’demande !! D’ailleurs il avait faim. Donc l’invective avait un double sens. Pistach sans ‘e’ comprenait maintenant toutes les subtilités du langage simple de son chien. L’aboiement voulait également dire « J’ai les crocs ! » et ça, ça pouvait se régler en deux minutes…

Mini fictions

Les aventures de Loulou le relou et Pistach sans ‘e’

C’était par un de ces petits matins d’automne qui ressemblaient comme deux goutte d’eau tombée d’un ciel immensément gris, à un matin d’hiver. Pistach sans ‘e’ avait prévu le coup et s’était couvert avec un bonnet tout doux surmonté d’un pompon multicolore. Il fallait au moins ça, pensait-il, pour égayer la journée des passants tant il faisait sombre.

– Loulou ! Allez on y va ! On va à la boulangerie. Le temps s’est beaucoup refroidit on dirait, si ça continue je vais devoir te mettre un de ces petits manteaux ridicules comme les caniches à sa mémère. Hahaha !

Le chien regarda Pistach sans ‘e’ avec une tête étonnée, comme s’il essayait avec énormément de concentration, du plus fort qu’il pouvait, de comprendre les mots prononcés mais sans succès. Les plis de la gueule de Loulou en étaient même à dire qu’il était désolé au plus haut point de ne pas réussir à déchiffrer ces mots sacrés de son maître adoré, excepté « boulangerie », tout le monologue lui avait échappé.

Le nom « Loulou » était venu naturellement à Pistach sans ‘e’ à la suite de quelques fois où il avait l’appelé « mon petit loup » et puis « mon gros loup » et encore « gros loulou » une fois atteint la taille adulte. Ces expressions avaient été réduites à « Loulou » ce qui était plus simple, mais ce n’était pas son vrai nom. Le chien portait officiellement le doux nom de Théodore Méodor Zigomar Dagobert de la Friteuse en Panne, et ce nom lui avait été attribué directement à sa naissance, mais c’était bien trop long. Il n’avait pas de pedigree, c’était un bâtard pure race, et il avait d’ailleurs remporté une fois le concours du plus bâtard de tous les bâtards. Il était si bâtard que quand il parlait à une chienne, elle finissait systématiquement les 4 pattes envoyées en l’air, avant de terminer en cadavre dont il manquait toujours un bout, le même, systématiquement : le museau. En vinaigrette, Pistach sans ‘e’ adorait le museau et Théodore Méodor Zigomar Dagobert de la Friteuse en Panne le savait bien. Teuse en panne aimait faire plaisir à son maître. Généralement… Sauf aujourd’hui… Aujourd’hui il était…

Loulou le relou… Tadaaaaa ! (Waf)

 

 

Mini fictions

Tous les réseaux sociaux désertés !

Serait-ce l’avènement d’un renouveau, une époque nouvelle dans laquelle la technologie prendrait de moins en moins de place ?

Ne rêvez pas, seuls les ermites comme moi n’ont pas ou plus de compte Facebook, et si ce dernier perd un peu d’audience c’est que les modes évoluent, les modes de communication, les merdeux ont d’autres applications de merde pour se trouver et se sucer la lécher la pomme entre acnéeux, les petites délurées futures prostituées en bonnes et dues formes peuvent ainsi contacter leurs pervers préférés, et poser dans des habits d’époque, et les pervers se palucher tel un Arthur Conan Doyle, lisant la correspondance d’avec les parents d’Alice, gentiment agrémentés par ces derniers de photos légères, de vacance, etc.

Bref, comme disent les Djeunz, OSEF des putes !! OSEF des pervers !! Niquez vos mères !!

Mini fictions

Mochtar

Ce matin, dans ma salle de bain, le zguègue entre les mains, j’avais du chagrin…

Elmer Food Beat (Est-ce que tu la sens ?)

Un petit café, sans Kafka ce matin SVP. Trop de Kafka tuent le café, comme les petites bulles d’air et l’excès de chaleur qui donnent au délicieux breuvage un coup de chaud tel qu’il n’est plus buvable, tout l’arôme s’en va si on l’oublie pendant qu’il chauffe.

Je ne sais pas ce qui m’arrive en ce moment, je le répète suffisamment comme ça. Citer Elmer de cette manière, au matin, sans prévenir, ça me perturbe. C’est entre moi et mon Moi mais bon. Surtout que les paroles de cette superbe chansonnette – dont on ne sait pas si elle est paillarde ou rock – sont croustillantes au possible. Grasses et sales comme le cul d’un éléphant un matin de chiasse mal réveillé, Babar. Tout pour plaire au Mochtar donc !

Prononcez « Moche-Tard »
[ mɔʃtaʁ ]

Je me présente, je suis le Mochtar, et je ne suis pas là pour plaire à qui que ce soit, je suis plus là pour emmerder le monde. C’est moi le Mochtar, je suis moche mais il est tard alors les poules me confondront avec un de leurs coqs de merde, séduisants, un de ceux que généralement je mets sur ma chaise de torture à pique, et elles seront déçues en pleine lumière. Moi pas. Jamais. J’enfante, des petits Mochtars un peu partout, comme Bob. Jamais de protection, la mort m’emportera quand elle le voudra, et si elle veut ce sera d’une chaude pisse. Soit. Gare si le Mochtar te mate… S’il se gare en double file et que son rétroviseur touche le tien tandis que tu es au volant de ta 106 de petite citadine parfaite, tu es déjà enceinte, ou morte. Entre les deux le cœur de pierre du Mochtar balance. Je rigole bien sûr, le Mochtar n’a pas de cœur, ni en pierre ni en chair ou en muscle.

Mini fictions

Supersouris et la prise USB à houppette bleue

Le dimanche est pour moi synonyme de tranquillité. S’il est calme, alors on pourra se reposer et gratter des heures de sommeil supplémentaire toute la matinée, puis se lever et très lentement, sans se presser, après avoir donné en retard sa gamelle au chien, commencer à s’occuper de soi. Juste de soi.

Se préparer du café et traîner pour le boire, le finir froid devant le début d’un film piraté en streaming, et merci Netflix au passage de nous trouver 1 perle pour 10 bonnes grosses bouses (en même temps je me plains pas, vu que je ne paye rien). 10 environ, ça dépend des périodes. Quand j’y ai eu accès grâce au compte d’un pote y a quelques mois, c’était plutôt de l’ordre d’1 truc bien pour 20 trucs de merde… Et j’insiste lourdement sur le mot merde. Parce que y a deux types de films & séries qu’on n’aime pas :

  • Y a celles et ceux qui sont pourtant bien parce que les scénarios ont de vraies histoires, que le staff au complet a vraiment travaillé, qu’ils y ont mis du cœur, et qu’on n’aime pas à cause de la présence d’un acteur antipathique, ou parce que le thème abordé nous rebute, etc.
  • Et puis y a ces choses vraiment merdiques. Dans quel état se trouve un producteur qui accepte ce type de film, de série ? Qui a choisi ces mauvais acteurs ? Pourquoi ces mauvais cadrages ? Ces mauvais éclairages ? Toutes ces erreurs de films ?

Tout simplement parce qu’ils n’en ont rien à foutre, ça semble évident. Le film sortira, de toute façon. Ils savent qu’il fera pas un carton, mais c’est du business, s’il sort alors qu’il est si naze c’est qu’il devait sortir et point barre. Des gens dont c’est le métier d’égrainer avec des souches vérolées ont des intérêts de gros sous dans le fait que ce film sorte vraiment.

Voilà, aujourd’hui il y a des investisseurs qui tentent des coups, qui prennent des risques, qui aident à produire des choses dont ils ne connaissent que le nom, et encore. Ils injectent des fonds là où on leur dit, c’est comme s’ils misaient au black jack ou à la roulette, au casino. Pour eux, une somme d’1 million de dollars, c’est pas grand chose. A bien y réfléchir, et en acceptant une idée fausse (celle que l’argent est indispensable), toutes ces thunes qui sont mises dans des films de merde, sont gâchées. Enfin je n’irai pas plus loin dans cette direction, pour moi l’argent ne se gâche pas puisqu’il est infini, que des banques dont c’est le taff en fabriquent à volonté.

Aujourd’hui, faire un film est devenu différent, étant donné que nous en sommes à la période post-balbutiements de l’usage massif d’internet. Cet usage a révolutionné toutes nos habitudes. Il a repris les choses où elles en étaient restées avec la télévision, indissociable de son petit canapé-table-basse-mais-où-est-la-télécommande-?-dans-ton-cul-!-non-j’ai-déjà-regardé. Y a toujours des télécommandes mais elle servent moins, car les claviers et les souris sont arrivés à la rescousse ! Ces couples hautains mais modernes, leur ont dit :

C’est bon les filles, on est là maintenant, c’est la relève, vous pouvez retourner partouzer sous les coussins du canap’ !

cit. DU 01-02-1998 de MISMOUSse, SOURIS ZOLÉE A LA RETRAITE, modèle à boule à prise PS2 de marque ibm

Elle avait vite parlé Mismousse, trop vite. Ce qu’elle ne savait pas c’est qu’elle ne ferait pas long feu à côté de ces petites malines de nouveaux modèles de souris, ces coquins de nouveaux claviers sans fil rétro-éclairés… Mais tout ce beau monde avait repéré un problème depuis un moment, un que l’humain dans toute sa stupidité typiquement humaine n’avait même pas vu et qu’il subissait pourtant : des télécommandes, y en avait beaucoup, beaucoup trop…

On avait assisté, totalement impuissants, entre les années 1990 et 2010, à une reproduction exponentielle et massive des télécommandes. Certaines, même, lorsque l’appareil qu’elles commandaient terminait sa vie, finissaient dans un tiroir, au lieu de rejoindre ledit appareil à la décharge ou à la déchetterie communale ! Des fois qu’elles puissent servir ultérieurement, sur autre chose par exemple… L’espoir… C’est beau.

J’imagine qu’elles ont été nombreuses, ces ménagères de moins de 50 ans (parce qu’après commence la désillusion), à s’autoriser à rêver, en espérant que d’un coup de magie très très magique, une des télécommandes du tiroir finisse un beau jour et sans que personne ne sache pourquoi, par acquérir la capacité d’ouvrir la fenêtre du salon ou d’allumer la lumière, et alors le top du top : ouvrir la porte du frigo et apporter une bière fraîche au salon, sans oublier le dessous de verre sinon j’en connais une qui va gueuler…

L’espoir… C’est d’une magnificence l’espoir… Les gens les gardaient donc, stupidement, bêtement. Un objet d’une telle complexité, d’une telle prise en main, d’une telle beauté, ne mérite pas qu’on s’en débarrasse… Qui plus est, même si l’appareil n’est plus là, y en a que quand on appuie sur un des boutons ça fait clignoter en rouge la petite diode du bout ! C’est qu’elle marche encore la bourrique !

Bref, le problème que les nouvelles générations de clavier et de souris avaient repéré direct, c’est qu’il n’était pas rare de voir un foyer classique d’humains moyens – un homme, une femme, deux gosses, un chien – crouler sous des dizaines de ces engins obsolètes.

Tout ça devait s’arrêter !

Les cerveaux humains ne suivaient plus, et déjà madame Michu ne savait plus reconnaître la télécommande du lecteur DVD qu’elle n’utilisait jamais parce que c’est trop cher un DVD, de celle de son téléviseur qu’elle ne regardait plus tellement outre mesure sauf Ça va se savoir et puis aussi Arabesques et Derrick des fois. Et ça, ça devenait réellement problématique.

C’est alors qu’est arrivée Supersouris ! Avec sa cape et son masque pour pas que tu captes qu’en fait c’est ta nouvelle souris, mais déguisée…

Supersouris a une visée laser comme Superman, son optique est d’une précision à toute épreuve.
Supersouris fait partie d’une génération de souris futuriste, ergonomique elle est maintenant pensée pour moins fatiguer le bras de son humain.
Supersouris a rendu les prises PS2 obsolètes sur les ordinateurs fixes, elle se branche en USB sur le hub de l’ordinateur de son humain.
Supersouris n’a pas de fil, elle voit des vortex invisibles à l’œil appelés Wifi, dans lesquels elle s’engouffre volontiers, et aux bouts desquels elle retrouve sa prise USB qui attend sagement ses instructions.

Supersouris est une super souris ! Mais des fois, elle est chiante… un peu trop rapide, ou trop lente au contraire par exemple, mais elle est généralement toujours accompagnée de son pote la console graphique de paramétrage, timide, cachée dans le system tray ou dans tes applications installées, mais comme Supersouris est aussi plug & play alors son humain n’installe souvent pas ce truc. Et Supersouris se retrouve alors esseulée.

Mais ne crois pas pour autant que ce soit la fin de l’histoire… Car c’est souvent à ce moment là, selon les foyers, que Supersouris rencontre Superclavier… Et qu’une magnifique histoire d’amour commence.

Le problème c’est que maintenant on croule sous les prises USB… Y en a partout, y en a même des qu’on saurait même pas reconnaître, alors que ce sont pourtant des prises USB mais d’un autre type. Trop de fils pendent de partout, il faut s’organiser dans ces toiles d’art et nier les vies denses. Enfin, je voulais plutôt dire : sans nier l’évidence, et désolé, j’ai eu une absence là, juste au-dessus. Mais comment organiser une chose qui va s’emmêler immanquablement, à chaque fois qu’un appareil sera déplacé, ou qu’une nouvelle prise rejoindra les autres pour trouver sa place dans la grande Moultiprise ? On ne sait pas, c’est encore mystérieux et tous les scientifiques du monde sont penchés sur la question. On découvre à peine, d’ailleurs, ces Moultiprises, sortes d’espaces sociaux pour prises, où moult branchements mâles trouvent leurs femelles sans se casser le cul !

La vie des prises sauvage pendant l’accouplement est passionnante. Elle nous en apprend tellement sur nous-même ! Bon, je dois avouer que personnellement je ne m’y intéresse qu’en amateur, je suis un observateur lointain, j’ai trouvé sur mon canap’, my couch en anglais c’est du jargon, un poste d’observation à l’angle parfait pour pouvoir, toute l’année, observer avec beaucoup de passion et d’amusement l’évolution d’un nid de Moultiprises.

Ici c’est une espèce appelée 220 Volts. Mais même les observateurs les plus gras et lourds n’auront pas manqué de constater que juste au-dessus, comme sur le lit du haut de deux lits superposés, se développe un autre nid, plus animé, plus excité même, plus moderne pour ainsi dire, ce sont des prises à houppette bleue, une espèce très rare de prises USB. Impossible à reproduire en captivité. La prise à houppette bleue a besoin de liberté et d’aise pour s’accoupler et proliférer.

Cette espèce a une histoire que sauront apprécier tous les amateurs, c’est en fait un croisement entre deux autres souches : la prise USB classique et la prise USB à houppette.

C’est dans un immeuble parisien, dans les locaux d’une start-up qui avait coulée, que la prise USB à houppette bleue était apparue. L’endroit abandonné tel quel depuis quelques semaines ne voyait jamais la lumière du jour, et pour cause…

La déprime d’avoir coulé la boîte avait été telle, chez les humains idiots, que les ordinateurs gisaient là, encore branchés, sur les tables blanches où se croisaient, entre quelques canettes vides de sodas et plusieurs cendriers pleins à ras bord, des périphériques divers, des feuilles volantes et des feuillets de papier, imprimés de tableaux incompréhensibles. Plus personne ne venait plus ici, les conditions étaient devenues plus que favorables pour l’apparition d’une faune et d’une flore électronique.

Tels des champignons, plusieurs petits bouts de circuits imprimés camouflés avaient déjà émergés douze heure après l’abandon des lieux. Il y en avait un à côté de la corbeille à papier débordante, il était sorti du sol à travers une grosse tâche de Red Bull qu’un humain avait dû renverser mais qui n’avait jamais été nettoyée. Il y en avait un autre, le plus gros, sur le mur du fond, il squattait un interrupteur. Et puis deux ou trois à peine visibles avaient fleuris sur les tables au-dessus de résidus de café.

Quelques jours avaient passé, les champignons de circuits étaient maintenant nombreux, il y en avait partout, et des sortes toutes plus colorées et étranges les uns que les autres. Mais derrière un carton, il y avait plus intéressant : un nid de prises USB classiques s’était formé. Il fourmillait d’activités.

Mais il se trouvait qu’un des humains avait également introduit ici, alors que l’entreprise marchait encore, une prise USB à houppette pour brancher un projecteur. Cette dernière était restée en désuétude, débranchée sur une table, et avait semblé morte jusqu’à ce moment particulier :

Une prise classique du nid, la plus jeune, avait réussi à grimper sur la table, et après quelques péripéties et un voyage épique dans la grande pièce, elle avait aperçue la prise à houppette.

Timidement, elle s’était approchée. Après quelques inspections plus poussées, elle avait comme dans un moment d’instinct, branché sa propre prise dessus. Et voici que quelques heures après, la nouvelle espèce était née !

Prise USB à houppette bleue, bienvenue dans le monde mystérieux des technologies !

C’est ça la magie des espaces urbains quand les humains ne regardent pas…

Une belle histoire n’est-ce pas ? Et encore, tu ne sais pas tout. Car c’est un petit résumé de ce qui est passé. Tout petit. Mais je ne vais pas me lancer dans la rédaction de cette aventure. Il faut se l’imaginer…

Mini fictions

4.2 %

« C’est pas avec ça que je vais être bourré… »

Tels étaient ses mots prononcés comme si ça devait être solennel, à voix haute, en regardant avec dédain le degré d’alcool affiché sur sa bière lager bon marché, 4.2 %. Il se préparait déjà depuis un moment à aller se ravitailler à la supérette (supérette c’est pas appelé comme ça parce que tout est super cher ? ta gueule) du coin, à contrecœur car il n’avait aucun intérêt à croiser des personnes aujourd’hui, hier, demain non plus d’ailleurs, certainement. Ni intérêt, ni aucune envie. C’était comme si depuis un moment, l’aigreur qui avait pris place en lui subrepticement quelques années plus tôt, et qui avait tendance à se sentir de plus en plus à l’aise, se vautrant avec nonchalance dans son cœur, lui dictait qu’il se suffisait largement à lui-même, que c’était déjà trop, et que non, décidément il avait assez donné dans des relations d’amitié, d’amour, de ceci de cela, de tout et de rien, et que c’en était vraiment trop, qu’il ne voulait plus rien de personne et certainement pas de considération. « Un chien est largement suffisant » se disait il de temps en temps. C’était une valeur sûre un chien, pas de trahison à l’horizon, « alors misons, dans ma prison sans prise où canne sans prose un enfant dans son sang, ce sera toujours mieux qu’un rat tout jaune, genre le roturier que tout gêne, misogyne » ou « ce démon colocataire qui squatte allègrement mes esprits perdus dans les marécages brumeux et verdâtres, puants dégueulasses, des parties les moins fréquentables de mon être dissocié en plusieurs entités distinctes par des substances psychédéliques » alors O.K. va pour un chien.

Ces jours étaient dits « jours maigres » classifiés ainsi dans son agenda intime et personnel, celui qui figurait dans sa tête, plein de ratures, de lettres capitales griffonnées et entourées, et de couleurs représentant les journées selon l’aspect et l’impact qu’elles eurent ou qu’elles auront probablement. Ils faisaient partie de ces périodes courtes où il fallait se satisfaire de peu de drogues, où seules les drogues dites douces et l’alcool remplissaient les journées, l’alcool… la manne de l’état autorisée pour que tout le pays soit bourré et dorme ou se foute entre pauvre sur la gueule. C’étaient des jours calmes, pleins d’envies, et de frustration car ces envies n’étaient jamais assouvies et pour cause, la patience était une chose qu’il apprenait sur le tard. Vieillissant, il ne pouvait plus se permettre de consommer une drogue dure précise jusqu’à en devenir accro, c’était trop de contraintes par la suite. Donc les prises de drogues dures s’espaçaient de plus en plus dans le temps, mais devenaient frénétiques lors des sessions, violentes, sans aucune modération. Et ce n’était pas qu’il ne pensait pas à l’overdose et à la possibilité de mourir seul isolé volontairement de tous, c’était juste qu’il s’en moquait. Cette option était même intéressante, comme une partie de roulette russe, idée distrayante, amusante, l’envie de vivre, ou plus précisément l’absence d’envie de vivre, en lui, était de plus en plus présente, paradoxalement.

Il saisit un carnet, y écrivit sans conviction quelques mots, le jeta ensuite avec mépris. Il se leva et alla chercher les derniers 50 centilitres de bière que son frigo lui tendit généreusement quand il en ouvrit la porte et que cette petite lumière intérieure typique des réfrigérateurs s’alluma en éclairant les rares victuailles qui y résidaient. « Habitude tellement occidentale » pensa-t-il, « ces frigos offrent leurs contenus remplis par nos cornes d’abondances colonialistes alors que nous vivons dans un monde fini, en train de mourir » et dans un instant pourtant tristement sérieux, une image envahit sa tête, celle d’une vieille publicité américaine, où on voit un Indien verser une larme tandis qu’il ramasse les déchets sur le bord de l’autoroute qui strie maintenant ses Terres Sacrées. Il trouva la situation burlesque et se prit à rire. Il eut honte de ce rire, qu’il stoppa par un regard sévère que personne ne verrait de toutes façons, alors « qu’importe ? » se demanda-t-il en ajoutant « à quoi bon ? » à la couche épaisse de questions sans réponse laissée en désuétude dans un coin de cette tête harcelée d’inutilités.

« Tu finiras tout seul » elle lui avait dit. A l’époque il n’y avait pas cru et s’était même moqué d’elle, c’était pendant une engueulade, une de ces engueulades qui s’étaient faites de plus en plus intenses et nombreuses alors qu’avait approché la rupture. Ça faisait plus de 5 ans maintenant. Le souvenir de son visage avait moins d’effet sur son moral mais celui de l’ensemble de la relation, ces piètres deux années et demie, éloignées de plus d’un lustre, étaient pour beaucoup dans cette volonté de s’oublier et de ne plus voir personne. Elle avait été importante pour lui, elle pensait que non, mais elle avait été pendant deux ans et demi la chose la plus importante de sa vie. La chose, le mot était choisi en toute conscience. Il y avait plein de choses dans une vie, certaines de ces choses étaient d’autres êtres, mais les êtres ne représentaient pas tout. Pourtant elle avait été tout, pour lui, avant. Plus maintenant. Mais maintenant il n’y avait plus grand chose.

Il avait fait des trucs depuis. Il avait beaucoup failli. Mais il avait aussi réalisé des projets qu’il s’était pensé incapable de mener à bien. Tout ça pendant ces 5 années. Mais ça n’avait pas été suffisant, et il se noyait tout de même. Il y avait les psychédéliques, des vaisseaux d’une compagnie de transport sans scrupule, tout prêts à emmener en voyage dans des plans parallèles ou inclinés, ou je ne sais quoi, délires toujours plus dingues et incompréhensibles, inracontables. Et il y avait les stimulants pour justement tenter de tout raconter quand même. Et sans stimulant, ce type de gymnastique créative était difficile. La mémoire était là pour maintenir tout ça en attendant que ce soit couché sur papier, disons, mais pas pour longtemps. Les souvenirs s’effacent rapidement surtout ce type de souvenir, les voyages dans la tête.

Les dépressifs, ces drogues calmantes, ou tirant l’usager dans un engluement quotidien, un endormissement que le manque, seul le manque, vient briser dans une violence intérieure sans limite, invisible pour cet extérieur qui de toutes façons se fout bien de ce qui se passe à l’intérieur et qu’il refuserait de voir, étaient oubliés pour le moment, mais il y repensait souvent. L’option création était activée et c’était tout ce qui le raccrochait à la vie, à sa vie.

Et le cocktail potentiel de tout ça… Pour la stopper… Dernière montée, il savait comment se provoquer une inconscience totale en quelques minutes, la souffrance en serait totalement annihilée. Quand les gens pensaient au suicide, c’était généralement cette peur d’avoir mal qui les bloquaient dans leurs projets. Si on supprimait la douleur, combien se tueraient illico ?

Mais qui s’occuperait du chien ?